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Cannes : Marché du film 2007

Le festival de Cannes a taillé sa réputation à grands coups de glamour, de projections prestigieuses et de montées des marches. La classe. Mais pour les fans de cinéma fauché que nous sommes, l’évènement a lieu ailleurs, au cœur du palais du festival : au marché du film. Inutile ici de chercher stars et prestige puisque le lieu ressemble plus à une foire à l’andouillette (stands contreplaqués inclus) qu’à un espace privilégié et V.I.P. Les professionnels et distributeurs peuvent donc tranquillement parcourir les stands des boites de productions présentes, consulter les catalogues et visionner quelques films, à la recherche de titres à acquérir qui viendront généralement garnir les linéaires dvd de nos supermarchés préférés. Du petit lait pour Maniacs. Comme d’hab’ je me pointe à Cannes sans accréditation, c’est donc la Troma team, croisée devant le palais, qui a l’immense sympathie de me prêter un de leurs badges pour me permettre d’effectuer ma petite virée au marché. Cool les mecs ! Avec près de 300 compagnies présentes chaque année dans l'enceinte du palais, il est bien difficile de réussir à prendre le temps de s'arrêter à chaque stand pour vous présenter chacun d'entres eux (d'autant qu'ils abordent quasiment tous, de près ou de loin, nos genres de prédilections horreur/action) . Il me faudrait 150 pages supplémentaires et des journées de 72 heures. Pas possible. Je me contenterai donc d'en décrire quelques unes, croisées tout au long de ma journée.

York Entertainment (www.yorkentertainment.com), turbine à plus de 75 nouveaux titres par an. De quoi alimenter à l’aise le circuit du direct-to-vidéo et des chaînes câblées. Au catalogue on déniche la trilogie des Scarecrow distribuée en France par Opening mais aussi des titres tels que Absence of light avec un casting totalement bis et culte composé de Michael Berryman, Tom Savini, Tony Todd et Caroline Munro. Un «entre Aliens et les X-files» nous prévient la jaquette. Annoncé comme ça, c’est sur que ça fait vachement envie... Visuel également sympathoche pour Scream Bloody Murder de Jon Hoffman (ne me demandez pas qui est ce type…) où une bande de bimbos en jupettes prennent des poses de grosses gourdes pour vanter les mérites de ce slasher campagnard. Sujet quasi similaire pour The Lonely Ones, avec pour décors les montagnes du nord de l’Arizona, où «Cabin Fever rencontre La Maison de Cire». Ils sont d’ailleurs décidément très fortiches chez York pour résumer leurs films en croisant nawak : «Alien combiné à Matrix Reloaded» (c’est précis hein…), «Signes + La Momie» (?), «Shining rencontre Underworld» (??). Le must pour la fin : «Harry Potter démoniaque croisée avec Misery». Hé hé trop drôle la York compagnie. Moi perso, j’attends que Babar rencontre Pinhead : allez hop v’la un pitch, au taf les mecs...

Les boss de The Asylum (www.the asylum.cc) ne s’emmerdent pas, quant à eux, à mélanger l’improbable mais préfèrent simplement produire quelques remakes bien opportunistes selon les tendances du box office : Snakes on a train, Halloween Night, Exorcism : the Possession of Gail Bowers, the Da Vinci treasure... Il est même parfois beaucoup plus simple de gauler, à quelques lettres près, le titre original : Universal soldiers, Transmorphers (!). Un beau foutage de gueule marketing pour des séries B qui méritent pourtant le coup d'oeil : les bandes annonces disponibles sur le site officiel, étalent quelques FX correctement foutus, des maquillages gores bien craspec (voir Freakshow…) et des décors plutôt chiadés. Si les scénarios ne virent pas trop au fond de cuvette, on pourrait avoir affaire à quelques productions, type U.F.O, hautement recommandables. N'oublions pas non plus que Asylum a tout de même produit l'excellent, et cette fois foutrement original, King of the Ants (Kari Wuhrer...). Quelques gages de relatives qualités pour une boite à suivre de plus près. Nous en reparlerons.

Chez Fries Film (www.friesfilms.com), on étale déjà un bon paquet de ses titres en dvd zone 2 pourraves (Hémoglobin, Démon House, Fatal Blade, Witchboard, tous distribués par Fravidis, c’est plus simple...), ou parfois plus estimable (Le Clown de L’Horreur, Progeny, édités tous deux chez TF1…), pas grand-chose, par contre, du coté des nouveautés, exceptés Alien Agent où Mark Dacascos, guerrier alien du futur, vient latter une organisation criminelle intergalactique et The Covenant où Edward Furlong vient gacher son talent, au coté de Michael Madsen (il a l’habitude lui…), dans une histoire démoniaque à la con. Pas de quoi faire les choux gras de Fries sur le territoire français cette année…

Filmexport Group (www.filmexport.com), boite de production italienne, n’hésite pas à taper large. Se côtoient au mini catalogue Cannois (seulement une douzaine de films) drames lourdingues, comédies grasses et gros gore qui tache. Les quelques bandes annonces visionnées (Zombies : the Beginning, Island of the Living Dead, The Tomb…) annoncent la couleur : ici, le numérique on ne connaît pas, On se prend donc des hectolitres de sang synthétique en pleine poire et on peut profiter d’effets de maquillage passablement dégueux. Rien de neuf mais de quoi nous réexpédier illico aux début des années 80, à l’heure de gloire du bis rital...

Catalogues et visuels plutôt classes pour Arsenal Pictures (www.arsenal-pictures.com). Pas certain en revanche que la quinzaine de films disponibles dépassent tous de beaucoup le stade de la grosse daube. Les deux suites Return of the Living Dead : Nécropolis et To the grave se traînent une réputation partagée entre de sympathiques série z et les pires des bouses. À voir sur pièce pour juger de l'étendue des dégâts. Disponible aussi Tamara, une étudiante un peu tarte qui décide de se venger, post-mortem, de ses salauds de camarades de classe. Bien fait, fallait pas se foutre de sa gueule. Une sacré dose de Carrie aux vues des quelques images disponibles. Pour l'originalité faut pas rêver c'est du déjà vu mais la photographie semble en revanche soignée et quelques séquences flirtent avec le gore. Si jamais le film pointe le bout de son zone 2 en France.

Vision Films (www.visionfilms.net) n’a pas volé sa place au marché avec son arsenal de série B en tous genres. Au rayon horreur quelques titres bien barrés tels que Headhunter réalisé par Tarantino (Paul, faut pas déconner non plus…) ou une jeune femme assassinée revient d’entre les morts pour tenter de retrouver sa tête (pour résumer rapidos...). Un concept plutôt poilant. Chaos, lui, n'inspire pas autant la déconnade. Avec ses deux teenagers capturées et torturées par un gang de rednecks dégénérés, on navigue plutôt du coté du survival bien malsain, influencé par La Dernière Maison sur la Gauche ou Day of the Woman. Le film culte de Meir Zarchi est d’ailleurs présent au catalogue aux cotés de son seul autre métrage en temps que réalisateur Don’t Mess With My Sister. Snoop Dogg, pour finir, vient jouer le creepy de service dans Hood of Horror, un film à sketchs évidemment inspiré par Creepshow et les Contes de la Crypte. Un format court qui pourrait favoriser l'efficacité de chaque histoire et sauver le film de l'ennui : on croise les orteils et on y croit à donf (l'espoir.). Signalons également pour les amateurs d’action au rabais (moi…) une belle brochette de films où se croisent Michael Madsen (décidément à la ramasse…), Frank Zagarino, Matthias Hues, Billy Drago, C. Thomas Howell, Joe Lara ou Eric Roberts. Presque la dream team de l’Actioner Movies tout pourri….

American World Pictures (americanworldpictures.com), la boite de Mark L. «» Lester, n’hésite pas non plus à foutre le paquet en matière de productions bien fauchées. À l'honneur du stand cette année Triloquist, l’histoire d’un pantin de ventriloque, façon John Wayne, qui développe une certaine aptitude à cavaler seul pour assouvir ses pulsions assassines. À ses cotés un duo frangin/frangine passablement taré, entraîné par la marionnette dans un road-movie meurtrier. Si le pitch et les visuels inspirent un univers cradingue et glauque, façon Devil’s reject, la bande annonce, elle, manque singulièrement de tripes et joue la carte d'un second degré un peu prout qui risque de ne pas jouer en faveur du film... Autre production, Born, se lance quant à lui, sur le terrain bien glissant du film de démon naze. Une jeune vierge de 21 ans se réveille un matin enceinte et possédée par un démon. Vraiment pas de bol. Pas la peine d'en rajouter, c'est du tout cuit catégorie «qui fait pioncer». Moi, j'achète les droits de celui là pour trois euros. Comment ça c'est pas possible ?

Beaucoup plus modeste par sa structure, Night Light Films (www.nightlightfilms.com) présente 4 films au marché. Pas évident par contre d’obtenir des renseignements : les visuels des plaquettes promos se la pètent gothos tendance Marylin Manson mais ne s’étalent pas sur de longs pitchs explicatifs. Exemple pour The Lost Girl : «gang de filles gothiques sexy (j'avais raison hein.) attire de jeunes garçons pour les tuer et boire leurs sang dans un rituel orgiaque». Voilà c'est tout, démerde toi avec ça, brave distributeur, et file moi ta thune. Pas plus d'éclaircissement pour The Fear Chamber ou The Suit. Comme je suis tout de même d’un naturel curieux, je décide d’aller à la pèche à l’info sur le site officiel de la compagnie. Coup de bol, je dégotte enfin une bande annonce, celle de Passed The Door of Darkness. Là, c’est les petits plats dans les grands : trailer quicktime en haute définition 1080p et 1.85 respecté pour une image d’une pureté incomparable. Et le film dans tout ça ? Ben c’est vraiment tout pourri. Je me disais aussi...

Brain Damage films (www.braindamagefilms.com) enfonce le clou du trip ténébreux avec une sacrée série de films d'horreur gothiques dont l'influence glauque et ultra dark s'affiche en couverture des jaquettes promotionnelles. Cadaverella, Hell Hath no fury, Branded, The Great américan snuff film… Avec des titres pareils, c’est clair, y a pas tromperie sur la marchandise. Même la responsable des ventes du stand se traîne un look à crécher dans un cimetière. Un tel investissement ça laisse admiratif...

 

Petite anecdote pour finir, puisque j’ai eu l’opportunité de rencontrer Jeffery Beach, big boss, au coté de Phillip Roth, de U.F.O. (voir maniacs N°7). Un truc pareil ça ne peut évidemment pas se louper avec interview, reportage des coulisses et article exclusif à la clé ! Seulement voilà, pour ce faire, il faut être autre chose qu’une méga burne en anglais. Ce n’est pas mon cas. Oubliés, donc, le scoop et la gloire, mon franglais de CM2 me permettant à peine de lui suggérer de poser pour quelques photos, Maniacs en mains. Il le fit avec beaucoup de sympathie mais c’est tout de même la grosse dèche pour moi. Bossez votre anglais les gars...

Nicolas C.

cannes 07