_______________________________________________________________________

 

Festival de Cannes :

marché du film 2010

 

C’est toujours avec une attente non feinte que l’on se rend à l’espace Riviera de Cannes pour prendre la température d’un marché du film que l’on dit, comme beaucoup d’autres secteurs de l’industrie cinématographique, victime de la crise. Voilà maintenant trois ans que nous n’étions pas venus au festival et l’on peut en tout cas noter, au premier abord, que les allées tout au long des stands semblent bien moins chargées de professionnels ou de curieux que les éditions précédentes. Les boites de production sont heureusement, elles, bien présentes, pour notre plus grand plaisir : l’occasion pour nous de faire le point sur les nouveautés, les projets et les films mis en avant, aux détours des stands des principaux participants chers à la Maniacs team !

À tout seigneur…On commence nos investigations par le stand de Nu Image/Millenium films. Le stand bien placé et spacieux est évidemment le signe de la réussite financière de Millénium. Ce sont d’ailleurs les films de la filière friquée qui sont mis en avant avec une très nette tendance au cinéma d’action : les futurs Conan par Marcus Nispel et Rambo 5, encore au stade du projet, mais aussi le remake de The Mechanic avec Jason Statham, l’Elephant White de Prachya Pinkaew (réalisateur de Onk-Bak) avec Kevin Bacon et Djimon Hounsou ou le Drive Angry avec Nicolas Cage et en 3D ! Évidemment, à côté de ses projets prestigieux, Nu Image continue d’alimenter le marché du DTV en déterrant par exemple la franchise Spider pour nous pondre un troisième opus en 3D ! Cette fois-ci les arachnides géantes envahiront New-York et les tunnels du métro. Le film n’est pour le moment qu’à l’état de projet mais on est impatient de voir le résultat sur notre téloche tant le projet semble casse gueule : en plus du risque d’être une simple grosse daube, on espère que la technologie 3D, utilisée pour le tournage, soit assez performante pour ne pas nous filer un insurmontable mal de crâne… à l’honneur également House of Bones, une histoire de chasseurs de fantômes missionnés par un show TV pour explorer une maison hantée à la Nouvelle-Orléans. Quand un des membres de l’équipe disparaît, happé par une force surnaturelle dans les murs de la maison, le reste de la bande décide de partir à sa recherche : mené par Corin Nemec (un indécrottable pilier des DTV en tout genre) et Charisma Carpenter, voilà le genre de prod’ que l’on espère voir débarquer prochainement sur le marché français…

Au marché du film comme ailleurs, il s’agit de se serrer la ceinture pour compenser un peu la crise de l’industrie cinématographique. Fini les grands stands avec trois affiches, une table, une téloche et du vide partout autour ! C’est peut-être pourquoi U.F.O. partage cette année son espace avec Artist View Entertainment, en espérant qu’ils soient suffisamment potes (ou civilisés) pour ne pas se tirer la bourre sur les acheteurs potentiels. Une transaction à coup de mandales, ça fait toujours désordre… Quelques nouveautés pour U.F.O., en tout cas, encore à l’état de projet, avec Hijacked, Aliens on the Plane , une alien invasion au pitch pas franchement original, où des Romuli (c’est le nom moisi des E.T.) foutent le bordel dans un avion cargo militaire et tentent de prévenir leurs potes que l’heure de l’invasion a sonné… On attend de voir… Pour Super Tanker c’est un agent biologique bien mortel, le ice-9, qui pourrait bien flinguer l’humanité. Pour se débarrasser du virus disséminé dans des barils, le gouvernement décide d’utiliser un bateau tanker pour les transporter et les isoler définitivement… Quant à 2012 : Judgement Day, une date décidément bien à la mode, un trou noir anéantit notre soleil, causant toutes sortes de catastrophes naturelles : tremblement de terre, tsunami, fonte massive des glaces polaires. Pour sauver l’humanité le seul espoir est de construire une arche géante pour fuir le système solaire…Le reste du scénario avec légende Maya et sauvetage alien en suppléments pourrait accoucher d’un DTV bien ambitieux, reste à savoir quelle quantité de pognon va être injecté dans un tel projet, et là on ne se fait pas trop d’illusions… On finit enfin avec Cold Fusion, visiblement déjà tourné d’après les photos, une histoire de fin du monde supplémentaire où une technologie alien tombée entre de mauvaises mains menace de détruire la planète. Pour éviter l’apocalypse, deux agents à gros nichons sont envoyés sur le terrain. A gros nichons ? Cool, ça changera de Lorenzo Lamas ! Et si en plus ça savate un minimum on est prêt à zapper n’importe quelle soirée VIP pour prendre le temps de se le matter…

Du côté de chez Artist View, les nouveautés sont déjà tournées, sans risque de se faire fourguer un DTV foireux encore à l’état de projet. Pour Closed for the Season, deux ados se retrouvent piégés dans un parc d’attraction abandonné. Pour parvenir à s’échapper des lieux, ils devront revivre le calvaire des fantômes prisonniers des ruines du parc… Un projet qui pourrait aboutir à un chouette film d’ambiance mais les quelques photos visibles derrière l’affiche du flyer laissent à penser que l’on risque plutôt de se taper un mauvais film d’horreur minimaliste et chiant à claquer : le genre de prod’ dont on a l’habitude… Il ne faudra certainement pas attendre mieux de la part de The Maze où une bande d’adolescents décide d’aller faire les cons dans un champs de maïs en même temps qu’un psychopathe qui passait totalement par hasard dans le coin. Pas de bol pour vous les gars…

Même partage des lieux pour Regent Entertainment et Cinetelfilms : une collaboration logique pour des nouveautés catalogue qui lorgnent toutes du côté du « disastertainment ». Ça tombe bien, nous on adore ça ! Grosse chaleur pour Regent avec City On Fire, une prod’ où Los Angeles se retrouve soudainement plongée au cœur d’une inexplicable fournaise qui transforme la ville en un gigantesque désert. Si la population se contente de se confiner au frais dans des bâtiments climatisés, on risque de se faire rapidement chier… Pour Total Eclipse c’est toujours Los Angeles qui est visée par une station spatiale en perdition, avec à son bord quelques bombes nucléaires qui pourraient effacer très proprement la Californie de la carte des États-Unis. Aux vues de ce que les Angelins se prennent sur la gueule avec Regent ils feraient mieux de tous déménager sur la côte Est (les Woody Allen sont moins nocifs à la santé, encore que…).

C’est aussi l’apocalypse chez Cinetelfilms, avec Stonehenge Apocalypse (encore en Post-production) quand des scientifiques en train de débattre de conneries théoriques déclenchent par mégarde une énorme vague d’énergie dévastatrice qui va mettre la planète entière en alerte. C’est le souk, tout risque de nous péter à la tronche, mais comme on n’en sait pas plus il vaut mieux filer du côté de Earth’s Final Hour. Là aussi, la planète est bien mal barrée avec une météorite qui percute la Terre et perturbe sa rotation, tout en déclenchant au passage des brouettes de catastrophes naturelles… On commence à fouetter grave pour notre survie quand surgit devant nos yeux le visuel de Ice Quake qui nous emporte cette fois-ci du côté de l’Alaska. Cette fois ce sont les changements climatiques et la fonte des glaces qui déclenchent d’incontrôlables explosions de méthane : une petite ville est effacée de la carte mais c’est la planète entière qui pourrait bien disparaître si une énorme quantité de gaz s’enflammait au même moment… Après tant de désastres, on est tous au bord du suicide et presque content de se frotter à une simple attaque animal avec Dinocroc VS Supergator, une prod’ New Horizons Pictures dont les droits de distribution semblent pourtant être détenus par Cinétel. Avec un titre pareil, le film est de toute façon bien parti pour être une grosse merde, d’autant plus que le pitch pue le réchauffé : deux créatures géantes échappent à des scientifiques et décident d’aller bouffer des touristes en vacances sur une île isolée… Bah avec ça… On pourra au moins se contenter de croiser David Carradine dans un de ses derniers rôles et se bidonner devant des FX que l’on devine déjà bien nazes, même en photos !

On reste toujours assez curieux de découvrir ce que Asylum peut bien nous préparer comme remake opportuniste à la con. Toujours à la pointe de l’actu ciné (en avance parfois même..), la boite de prod’ nous propose cette année de découvrir sa version de Sherlock Holmes, où le célèbre détective affronte une armée de monstres décidés à squatter les rues de Londres sans se poser trop de questions. Une façon comme une autre d’exploiter leur savoir faire en matière de FX numériques plutôt réussis… Pas encore sur les écrans, le Piranha 3D d’Alexandre Aja, déjà lui-même remake du film de Joe Dante, se voit contrer par Méga Piranha, déjà disponible dans les news du catalogue. Une concurrence toute relative puisque les piranhas géants de chez Asylum, avec ses militaires, ses bateaux et ses hélicoptères littéralement bouffés par ses poissons géants devraient très certainement nous offrir une belle tranche de poilade plutôt que le grand frisson digne des Dents de la Mer. The 7 Adventures of Sinbad surfe quant à lui sur la vague Prince of Persia mais remplace l’excellent Jack Gillenhaall par cette courge inexpressive de Patrick Muldoon, grand abonné des DTV les plus miteux du marché. Cette fois encore, il est évidemment inutile de comparer les deux projets : ce dernier se déroule à notre époque, avec comme toujours quelques militaires en train de magouiller un projet crapuleux. La bande-annonce reste cependant bien foutue et généreuse en action blindée de numérique cheap, alors comme d’habitude, on attend de voir… Au rayon des projets pas encore tournés, Asylum nous prépare une future grosse baston entre bestioles mutantes : Mega Shark Vs. Giganotosaurus, avec des noms pareils, ça devrait charcler sévère... Moby Dick est quant à lui remis au goût du jour avec cette nouvelle adaptation (très) moderne qui voit la baleine se foutre sur la tronche avec le capitaine… d’un sous-marin ! À croire qu’Asylum a passé un deal avec l’armée américaine pour en caser dans tous les coins de chacune de leurs productions… On garde le meilleur pour la fin avec Titanic 2. On a longtemps déconné avec l’idée d’une suite du chef-d’œuvre de Cameron mais Asylum ne s’est certainement pas posé autant de questions : Un navire nommé Titanic 2 fête les 100 ans du voyage maudit en prenant les mêmes chemins que le navire original. Si tout se passe bien il devrait se planter au même endroit, au même moment… On peut s’attendre au pire mais on est évidemment impatient d’en voir quelques images !

Du côté de chez Américan World Pictures, la boite de Mark Lester, on continue à produire du ciné bien bourrin, bien sanglant, bien opportuniste. Du tout bon quoi. Gros visuel pour Sinbad and the Minotaur qui surfe sur le vague du Choc des Titans : avec un casting blindé d’inconnus cette nouvelle aventure (la plus fantastique d’après le teaser papier, on y croit un maaaaaaax…) envoie Sinbad se frotter au Minotaure et à son labyrinthe, à la recherche de la tête en or du colosse de Rhodes. Au passage, il emballe aussi la princesse Tara… encore en post-production : Si les FX ne sont pas trop pourris ça peut être poilant… Moins marrant par contre le visuel de Hyenas qui nous incite presque à penser que le film est une daube avant même de l’avoir vu. Avec Costas Mandylor en tête d’affiche et une histoire bien naze de légendes et de malédictions africaines qui transforment le casting en hyènes (les loups-garous c’est trop ringard les mecs…) Va falloir s’accrocher pour se le mater celui-là… Déjà has-been avant d’avoir pu faire décoller sa carrière, Kevin Sorbo cachetonne un max dans Paradox et ses mondes parallèles mais aussi dans le pas attendu du tout Flesh Wounds. Une sympatoche tenue militaire sur le dos, Kevin débarque dans la jungle pour tomber sur une bande de scientifiques bien morts : les terroristes ne sont évidemment pas les coupables, c’est donc avec un prototype de super soldat que la team de bidasses devra se foutre sur la tronche. Entre Universal Soldiers et Prédator, ça pue déjà la daube à plein nez…

Le modeste catalogue de Gorilla Pictures ne nous empêche pas, chaque fois que l’on passe devant le stand, de nous arrêter pour jeter un coup d’œil sur ses visuels orientés « action burnée ». Ici le coup de latte est roi, il n’est donc absolument pas étonnant de retrouver, parmi les nouveautés, notre Mark Dacascos préféré, assisté par Armand Assante, Tom Sizemore, Bruce Boxleitner, Danny Trejo et Steven Bauer (un casting « Expendables » DTV !) dans Shadows In Paradise. Cette fois Marco est chargé de se foutre sur la gueule avec la CIA et toute une chiée de militaires persuadés que sa nana, ex-agent russe, est un traître qu’il faut éliminer… Même si la bande-annonce propose quelques bastons, la tendance semble plutôt s’orienter sur de grands discours militaires bien lourdingues… À confirmer si le film parvient jusqu’en France ! Le reste du catalogue, plus ancien, propose des prod’ du même gabarit avec Michael Madsen, Don « the Dragon » Wilson, Cynthia Rothrock, Lorenzo Lamas, Michael Ironside… que du lourd on vous dit !

Du côté des producteurs/distributeurs qui nous étaient inconnus, Koan s’impose comme le gros morceau du festival avec son stand spacieux et ses affiches qui claquent un max ! En post production, Age of the Dragons se présente comme une adaptation futuriste de Moby Dick avec un dragon en guise de baleine ! Un choix qui peut surprendre et faire marrer mais avec Danny Glover en capitaine Ahab, secondé par un Vinnie Jones toujours très rock’n roll, ça pourrait le faire ! Reste à espérer que le film (financé en partie par Koan : c’est le premier métrage produit par la firme) étale un minimum de pognon à l’écran : les quelques photos dispos sur le flyer ne sont pour l’instant pas très explicites (à part quelques portraits d’acteurs en costume, on ne voit même que dalle…). Dans un tout autre registre Savage semble taillé pour jouer dans la cour des sympathiques « créatures features ». Quand un incendie ravage un parc national, une créature inconnue sort de sa tanière pour bouffer quelques pompiers égarés. Bien évidemment les représailles ne se font pas attendre et c’est une petite troupe composée de scientifiques, de flics et de chasseurs qui se lance sur les traces de la bête… Évidemment avec un pitch pareil, on ne s’attend pas à grand-chose d’autre qu’un DTV comme on en bouffe habituellement par tranche de douze mais si le film parvient à être suffisamment fun et correctement gore, se sera une bonne occasion de retrouver le poilant Martin Kove et la trop rare Lisa Wilcox, échappée depuis un bail des griffes de Freddy…

Impossible de savoir si les titres que nous avons abordés ci-dessus seront un jour disponibles en France : peut-être les droits ont-ils été acquis par un éditeur au moment même où nous étions en train de disséquer les mêmes fiches techniques en nous poilant comme des baleines…

nicolas C.

 

 

cannes 2010