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Sélection Officielle - Un Certain Regard / Fruitvale Station de Ryan Coogler

Présentation du film Fruitvale Station en section "Un Certain Regard", en présence du réalisateur Ryan Coogler, de la productrice Nina Yang Bongiovi et de son casting : Michael B. Jordan, Octavia Spencer, Melonie Diaz et Ahna O'Reilly... (Cannes, le 16 mai 2013) (Images : Nicolas C.)

 

Un petit tour du côté des boites de production/distribution asiatiques : premier constat, ces dernières brillent souvent par leurs qualités apparentes et des budgets autrement plus conséquents que la plupart de leurs concurrents américains et européens ! Du D.T.V. en forme de blockbusters friqués en quelque sorte. C’est le cas de CJ Entertainment, gros producteur coréen, qui joue la carte de la qualité et arrive parfois à se frayer un chemin jusqu’à nos salles françaises grâce à des films calibrés pour l’international (comme pour Snowpiercer…). À venir Flu un film catastrophe qui joue la carte de l’épidémie à grande échelle et qui décime les banlieues environnantes de Seoul. Avec ses scènes de panique impressionnantes et ses vues aériennes apocalyptiques d’une population prête à tout pour survivre, voilà le type de D.T.V que l’on aimerait voir débarquer très rapidement dans nos linéaires ! On espère juste que le scénario ne vire pas trop dans le mélo et le drame sirupeux (l’Asie en raffole généralement…). On bifurque du côté de l’horreur avec Killer Toon où un sérial killer copycat exécute ses victimes selon les schémas scénaristiques d’un Web-Comics. Le film a tout intérêt à jouer au maximum la carte du spectaculaire pour éviter de se retrouver coincé dans la trame classique de l’enquête sur-dialoguée, parfaite pour pioncer devant sa téloche. Les premières images que nous avons pu visionner ne sont pas très engageantes mais dans le doute on attend d’en voir un peu plus ! Également un peu de science fiction au menu avec 11 A.M. qui nous précipite dans les aventures spatio-temporelles d’un chercheur et d’une machine à remonter le temps : un vaste sujet propice à de sacrées possibilités de scénarios alambiqués. Cette fois-ci deux scientifiques effectuent un voyage de 24h jusqu’au lendemain matin (11 heures, d’où le titre…) pour découvrir que leurs collègues chercheurs ont soit disparus, soit été assassinés dans des circonstances mystérieuses… Passé, présent et futur se mélangent allégrement dans cette prod’ qui pourrait s’avérer tout à fait recommandable si la réalisation évite de nous infliger de trop longs discours pseudo scientifiques/métaphysiques. C’est bien simple : on veut de l’action !

       

Autre grosse boite de production coréenne Showbox en impose avec une line-up riche en péloches même si nos genres de prédilections ne sont que très peu représentés : beaucoup de films d’action mais souvent "couplés" avec d’autres genres loin de notre tasse de thé (du moins dans les pages de Maniacs…) : drame, comédie, et thriller. Un mix qui ne nous offre que rarement des D.T.V. percutants ou propices à se détendre le temps d’une séance du samedi soir. On laisse donc le soin à d’autres d’aborder ces nouveautés (il y a certainement quelques perles à dénicher) et on vise de notre côté la seule nouveauté horrifique du catalogue, Don’t Click, dont le pitch nous laisse un peu perplexe : un vidéo clip téléchargeable réputé hanté sème la mort parmi les teenagers un peu trop curieux. On n’échappe malheureusement pas à tous les stéréotypes propres au genre avec fantômes dans le placard, ascenseur lugubre, obscurité envahissante et teenagers hystériques. Un mix entre Ring, Kaïro et une touche de Paranormal Activity pour l’option "found footage". On peut donc oublier l’originalité du scénario en espérant que le film sache au moins faire preuve d’efficacité : c’est bien là notre critère principal du divertissement du samedi soir entre potes…

Plus modeste, Eleven Arts, est une boite de production japonaise basée à Los Angeles. Tous les genres sont représentés et on n’échappe évidemment pas à quelques flyers qui attirent notre regard comme ce The Crone "par les producteurs de Ring et The Grudge" comme nous le vend l’affiche. Pour les références, il semble évident que le film pille le patrimoine de Nakata et Shimizu : un show télévisé expédie une poignée de teenage girls dans une clinique abandonnée en pleine montagne avec pour objectif de tester leur courage ! Présence fantomatique, paranormal de bazar, monstruosités planquées sous les lits et une Sadako qui a pris un sacré coup de vieux : au final on confirme notre impression avec un trailer cheap et ringard qui ne donne pas envie de plonger plus loin dans l’intrigue… Toujours du même producteur (ils ont bons dos…) Talk to the Dead n’inspire pas plus confiance que le précédent : avec un scénario ultra réchauffé (un téléphone qui permet de communiquer avec les morts…) et un minimum syndical horrifique qui ne semble pas respecté, nous avons surtout affaire ici à un drame familial bavard noyé sous un prétexte surnaturel. Pas de quoi s’emballer… De l’action enfin avec Travelers. Le pitch qui nous rappelle le The One avec Jet Li est appétissant : après avoir découvert le voyage inter-cosmique qui permet de naviguer entre les différents mondes parallèles, il est décidé de créer une police spéciale destinée à régulariser les passages entre ces univers. Deux membres de ces femmes flics sont chargés d’éliminer le groupe terroriste (inter-cosmique donc…) Doubt. Une introduction sympa à relativiser à la vue de quelques bastons un peu convenues et de FX à peine dignes des productions U.F.O. Faut voir ce que ça peut donner hors bande annonce hystérique mais ça n’est définitivement pas gagné…

 

Sélection Officielle - Séance de minuit / Monsoon Shootout de Amit Kumar

Les séances de minuit cannoises nous offrent généralement notre petite dose de cinéma de genre de la sélection : plus ou moins réussies, elles offrent, quelque soient les qualités du film (on se souvient de la projection du catastrophique Dracula 3D de Argento l’année dernière…), un peu de répit dans une compétition plus cérébrale et des projections un peu plus fun qu’à l’accoutumé. Dans cet esprit Monsoon Shootout est parfaitement calibré pour ces séances spéciales : un petit polar stylisé débarqué d’Inde (la petite touche exotique raccord avec l’invitation d’honneur faite cette année au pays…) qui n’a d’autre ambition que de nous divertir pendant 90 minutes. On a pourtant beaucoup de mal à être complètement convaincu par cette séance : si l’introduction est plutôt emballante avec une mise en scène et une photographie très soignées qui nous rappellent un peu les premières bobines des frère Pang ou le cinéma de Johnny To, le film se déballonne pourtant progressivement faute d’accepter de jouer le jeu de la violence frontale de série B et de ne pas assumer pleinement les excès de son intrigue. On reste du coup un peu sur sa faim et les minutes défilent tout en perdant peu à peu de leur intérêt. On retrouve espoir à mi-parcours grâce à un ingénieux twist qui offre au film de nouvelles perspectives : l'idée d'inclure plusieurs versions du récit est plutôt ingénieuse et ouvre les portes à une infinité de situations narratives mais cette retenue graphique contraire à l’esprit d’un polar hard boiled trouble à nouveau le plaisir que l'on pourrait prendre complètement à suivre ces différents destins influencés par une simple balle de revolver. Dans ce registre on regrette également que le casting ne soit pas très charismatique avec en tête d’affiche un héros un peu mou et trop dégoulinant de doutes et de regrets pour attirer la sympathie : on l’aurait finalement apprécié d’avantage en flic bourrin et corruptible ! (comme son chef de section ou un William Petersen dans To Live and die in L.A.).

Monsoon Shootout débarque finalement peut-être un peu trop tard, après deux bonnes décennies de polars clippesques bourrins et gore, et semble du coup un peu marqué par ses excès de montage cut/hors champs. Si le film se laisse tout de même visionner sans déplaisir et contraste avec l’image Bollywood qui colle de près à l’Inde, on reste au final un peu sur notre faim. On accordera tout de même le bénéfice du doute à son réalisateur, Amit Kumar, puisqu’il s’agit d’un premier long métrage…

 

On finit par un petit détour du côté de la Thaïlande avec Five Star Production tout d’abord : si le catalogue contient son lot de comédies/comédies romantiques, il nous livre principalement de la péloche horrifique comme ce Ghost Coins 3D où une bande de teenagers sans scrupule pique la pièce en or dans la bouche d’un mort (une aide au passage dans l’au-delà..). Ce dernier va évidemment revenir se venger… Pas de bande-annonce pour le moment, et un visuel assez lambda pour illustrer ce film : on attend de voir… The Second Sight 3D nous propose quant à lui de suivre le destin d’un homme doté de pouvoirs psychiques et paranormaux qu’il utilise à mauvais escient pour tenter de séduire une femme. Le trailer disponible n’affiche pas grand-chose de surnaturel et de palpitant : hormis les cris d’horreur à répétition de l’actrice principale, on ne voit pas trop ce que l’on pourrait se mettre sous la dent pendant les 90 minutes du métrage… Un visuel sympa en revanche pour ce Long Weekend (Thongsook 13). Une fois de plus une bande de potes prend un week-end pour s’isoler sur une ile. Pour se marrer ils ne trouvent rien de mieux à faire que d’enfermer un de leurs camarades dans un sanctuaire sacré. Il réapparaitra transformé et plus particulièrement possédé par une force surnaturelle… La photographie du film très soignée, en cinémascope, fait plaisir à voir et nous change un peu des D.T.V. trop fauchés pour faire illusion plus d’une poignée de secondes. Un arrière gout de scénario ultra réchauffé nous laisse tout de même un sacré doute. Reste à voir sur la longueur si le film parvient à être au moins un bon divertissement horrifique du samedi soir. Dans tous les cas on en demande pas plus ! De la 3D encore avec ce 3AM un film à segments contenant 3 histoires de fantômes réalisées par trois réalisateurs différents qui se déroulent toutes à… 3 heures du matin. Un fil conducteur pas plus idiot qu’un autre qui nous intrigue positivement d’autant que la photographie a, encore une fois, l’air d’être particulièrement soignée. Un format court qui pourrait également accentuer l’efficacité du métrage en dégraissant l’intrigue de ses trop habituelles séquences d’exposition interminables qui polluent souvent les films d’horreur. Un chouette potentiel "efficacité" que l’on surveillera si ce dernier débarque sur le territoire français. Dark Flight, enfin, nous expédie dans le ciel et plus particulièrement à bord d’un avion de ligne où une hôtesse de l’air est malmenée par un fantôme bien décidé à provoquer le crash de l’appareil. Après les serpents et les morts vivants, c’est donc les esprits qui embarquent pour une petite virée pressurisée. Une façon bien pratique de justifier de décors minimalistes et étriqués. L’intrigue, bien mince, n’est pas très engageante et a tout intérêt à mettre le paquet sur les effets horrifiques en tout genre pour remporter l’adhésion (ainsi qu’une sacrée dose de virtuosité derrière la caméra pour exploiter au mieux la banalité du décor…).

      

Rien de tel, pour continuer, qu’une petite virée du côté de l’incontournable (mais imprononçable…) Sahamongkolfilm, la célèbre firme thaïlandaise qui a remis au goût du jour le film de baston violent et sans trucage grâce à l’impressionnant Tony Jaa. Une popularité qui leur a permis de connaitre un vrai succès financier avec une poignée de péloches pas forcément friquées mais particulièrement efficaces (les Ongbak, Tom Yung Goong, Chocolat…). Une réussite qui commence aujourd’hui malheureusement à battre sérieusement de l’aile. Le phénomène Jaa s’estompe et la boite peine à renouveler le genre qui a fait son succès. Cette année encore la promo concernant les nouveautés s’amenuise comme peau de chagrin et il ne reste guère que la suite de Tom Yung Goong (l’Honneur du Dragon 2 en français…) et Chocolat 2 pour nous contenter. Si le premier (enfin finalisé) promet de nouvelles bastons sans grandes nouveautés (le style Jaa quoi…) ponctuées d’effets numériques qui décrédibilisent un peu l’efficacité des mandales, il offre tout de même une poignée de castagnes "live" toujours aussi hallucinantes. Ça va faire mal à l’écran c’est sûr mais après le bide de Ongbak 3 c’est peut-être la dernière chance pour l’acteur de se rattraper. Un nouvel échec avec cette nouveauté pourrait bien partiellement enterrer sa carrière… À surveiller donc… Rien à se mettre sous la dent par contre concernant Chocolat 2 : une simple photo de Jija Yanin, la "griffe" Prachya Pinkeaw au dessus du titre mais pas de synopsis ou d’informations diverses concernant une éventuelle date de sortie. C’est mince mais on espère que le projet aboutira à une réussite aussi brillante que l’original. Le reste du catalogue n’est malheureusement ponctué que de péloches plus ou moins anciennes et pour la plupart déjà disponibles en France (Ongbak3, Bangkok Knockout…). C’est sûr l’âge d’or de la boite de prod’ est désormais derrière elle…

 

 

 

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cannes 2013 03