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Marché du film / Death Shadows de David Cholewa

Death Shadows ou quand une production Nu Image rencontre David de Coteau et Richard J. Thomson ! On ne va pas tourner trop longtemps autour du pot : le film n’est qu’une sympathique péloche Z qui bouffe à tous les râteliers : pêle-mêle vous croiserez des idées et séquences piochées dans le Horribilis de James Gunn, un peu de Found-Footage à la Blair Witch / Rec et une petite dose de zombie mutant ! Véritable métrage geek avec quelques clins d'œil poussifs (tout au long du film apparait du merchandising et affiche de Vendredi 13, Ghostbusters, Jack Burton et autres bobines de la filmographie de John Carpenter...) le film parvient pourtant à maintenir le rythme en enchainant des séquences complètement foutraques sans trop nous ennuyer (mention tout à fait spéciale au pénis mutant qui pénètre et traverse mortellement sa victime : il faut le voir pour le croire !). Quelques maquillages/FX à l'ancienne plutôt convaincants viennent également soutenir le rythme (les décompositions très Creepshow…) et injecter un peu de savoir-faire technique et professionnel dans le projet. On est un peu moins convaincu par les synthèses plus ou moins réussies qui parsèment le film : l’introduction spatiale maladroite nous fait croire à un petit D.T.V. Disastertainment 100% ricain qui tombe à plat, tout comme la femme araignée, une belle idée sur le papier qui a bien du mal à s’émanciper de ses modélisations foireuses... Pour le reste le jugement est sans appel : le casting amateur, sans atteindre des sommets de ringardise n’est jamais crédible et le scenario, bâti à la truelle, enchaine les séquences sans aucune cohérence. Aucunes explications donc sur les mutations, sur la zombification de la population, sur les particularités et transformations physiques du personnage principal... En résumé c'est un énorme foutoir digne d’une bonne grosse péloche amateure…

Malgré un joyeux vent de folie nawak plutôt communicatif (il faut bien avouer qu’on s’est quand même bien marré…) on se demande tout de même comment un projet aussi bancal a réussi à se concrétiser : hormis l’idée de voir un vrai Z percer sur le marché international, on ne comprend pas trop les motivations de DC Médias, la boite de production française qui a financé le film. On attend maintenant de voir si le film va débarquer en France en dvd/Blu-ray : sur le même terrain que Richard J. Thomson le film a peut-être, après tout, des chances de devenir rapidement culte… N.C.

 

On bascule du côté des boites de production européennes pour boucler ce dossier et on commence tout simplement par la France avec DC Médias. Basée à Paris, elle distribue tout autant des films français que russes, espagnols ou ricains… Quant à la qualité des péloches, on espère qu’elle s’élève un sacré cran au-dessus du nullissime Dead Shadow que nous avons visionné au marché… (Voir chronique ci-dessus). Les flys promo du stand restent en tout cas très évasifs sur les détails des scénarios des films à acquérir… Shopping Tour confronte un groupe de touristes russes en Finlande à une horde de cannibales. Filmé via un téléphone par un des protagonistes de l’histoire, on ne sait pas trop quel va être le choix de mise en scène du réalisateur : on craint bien évidemment un found footage au rabais filmé n’importe comment par un épileptique… Pas plus original Sin nous renvoie en 1984 parmi un groupe de jeunes chrétiens se rend dans un camp d’été (certainement pas très loin de Crystal Lake…) où une légende concernant une none sadique et meurtrière pourrait bien devenir réalité. Hommage au slasher et aux films de démons 80’s ? On l’espère fortement et avec une bonne grosse dose de gore en option : avec Ron Jeremy dans le rôle de Jésus, tous les espoirs sont permis après tout… On ne miserait par contre pas nos économies sur Blood Runs Cold, un film suédois qui louche d’un peu trop près du côté de la trilogie des Cold Prey : une baraque isolée, une bonne dose de paysages enneigés et un tueur masqué : un arrière-goût de déjà vu. Reste à voir l’efficacité de la mise en scène…. El Eco del Miedo, une production espagnole vise quant à elle le public de the Others et Insidious (c’est même indiqué sur le fly). Il faut dire qu’avec un scénario qui isole une femme et sa fille dans une maison vraisemblablement hantée les producteurs auraient tout de même été franchement gonflés de hurler à l’originalité. Dark Soul, ou Zombie Driller Killer, on ne sait pas trop comment le nommer puisque le film porte encore les deux noms, débarque de Norvège pour nous proposer une bonne vieille histoire de zombies provoqués par une catastrophe industrielle. On espère au moins que la péloche sera généreuse en gore et tripes en tout genre car la jaquette ultra ringarde de dvd factice incrusté en haut du verso de la plaquette promo semble illustrer l’épisode d’un soap opéra de milieu de journée. Les grosses boules pour les graphistes…

      

Côté Russie nous n’avons pas, cette année, réussi à mettre la main sur le stand de Central Partnership dont les flyers promo et les catalogues prestigieux nous faisaient tout de même rêver. On se console donc avec Russian World Vision, une compagnie "émergente et dynamique qui développe la production de films et la distribution" (dixit le catalogue). Un nouveau venu donc, qui mise quand même sur le marché international pour faire son beurre avec Mission : the Prophet, un thriller au pitch incompréhensible et anesthésiant qui nous balance un casting pas vraiment couleur locale avec Eric Roberts, Stephen Baldwin et Michael Madsen. Soit le gratin du D.T.V. ricain à la ramasse. On craint le pire, surtout avec une affiche au graphisme carrément moche… International toujours le pitch carrément débile et usé jusqu’à la corde de Synevir 3D : un groupe d’étudiants décide d’aller passer un week-end au bord d’un lac réputé hanté par une étrange créature à la tête de chien et au corps d’homme… Avec une description pareille on risque surtout de se marrer et on attend avec impatience de voir la tronche des FX ou des maquillages. On pourra dans tout les cas prévenir l’homme clebs de chez Daft Punk qu’un pote l’attend quelque part du côté des pays de l’Est…Le reste du catalogue lorgne plutôt du côté de la grande spécialité locale, à savoir le film de guerre dramatique : The Memory, The Edge, The Afghan Caravan, Through The Time, Captive, Just Not Now, Lifelong Night soit une grosse pelleté de péloches à la gloire du courage des patriotes… Pas franchement notre tasse de thé donc…

 

Quinzaine des Réalisateurs / Jodorowsky’s Dune de Frank Pavich

Jodorowsky est-il simplement un peu fou ou est-il un génie laissé sur la touche ? Probablement un peu des deux si on se réfère au documentaire Jodorowsky’s Dune que nous avons découvert cette année à la Quinzaine des Réalisateurs. Si le sujet avait déjà été partiellement abordé dans les bonus du dvd/blu-ray Opening de la version Laurentiis ce film revient avec beaucoup plus de profondeur sur la genèse du projet que Jodorowsky avait en tête : adapter le Dune de Frank Herbert bien avant que le projet ne retombe dans les mains de David Lynch presque dix ans plus tard. Une adaptation presque choisie au hasard (le réalisateur avoue qu’il n’avait même pas lu le livre mais qu’un ami lui avait conseillé…), essentiellement destinée à mettre en images ses obsessions psychédéliques et son égo borderline, avec pour ambition première de réaliser le plus grand film de tous les temps, une sorte de pellicule messianique ultime qui allait révolutionner l’industrie du cinéma et chambouler le monde. On range la modestie au placard donc, et on observe le projet se monter avec une équipe qui défie presque la raison : Dali, Orson Wells, David Carradine et Amanda Lear ( !) au casting, Moebius pour le story-board, Dan O’Bannon comme directeur des effets spéciaux, Giger et Christopher Foss pour les illustrations et la création visuelle de "l’univers", Magma et Pink Floyd pour la musique... Du très lourd donc, emporté dans le tourbillon de folie créatrice de Jodorowsky qui va au final déchanter lorsque les investisseurs étrangers se montreront frileux à produire le film, le condamnant à ne jamais être réalisé ! Avec une belle énergie, un recul marrant sur la personnalité un peu tordue du réalisateur et une méticulosité généreusement instructive, sans être prétentieux et inabordable pour le profane, Frank Pavich nous livre le documentaire geek ultime sur le sujet, ponctué de rencontres parallèles qui iconisent le projet (hormis les participants cités précédemment, on croise également les réalisateurs Nicolas Winding Refn et Richard Stanley…).

Reste au final la question ultime : Dune aurait-il vraiment été le chef-d’œuvre qu’on laisse entendre ou un simple délire psychédélique incompréhensible dans des décors à la Starcrash (en décontextualisant les carences technologiques pour les FX…). Peut-être un peu des deux. En l’état ce documentaire maintient le projet à l’état de mythe ultime. C’est sûrement mieux ainsi… N.C.

 

Un petit tour par l’Espagne avec le stand de l’incontournable Filmax. Taillé comme un bunker, il est bien difficile d’accéder à un peu d’information sur les nouveautés : hormis quelques affiches en déco, aucun matériel promo n’est directement accessible aux visiteurs. C’est donc via le magazine quotidien Screen International que l’on récolte quelques news. L’horreur est bien évidemment à l’honneur : Filmax continue de surfer sur la popularité de la nouvelle vague horrifique ibérique. C’est donc logiquement que Rec 4 : Apocalyspe domine la programmation du genre. Encore une fois peu d’informations précises concernant le film (encore à l’état de pré-production) mais un retour à la barre et en solo de Jaume Balaguero, après que Paco Plaza ait dirigé également seul le troisième opus, avec plus ou moins de réussite… Suite direct du deuxième opus (le troisième étant une intrigue parallèle...), il semble que l’infection se soit répandue dans le reste de la ville. Un 28 Jours Plus Tard à la sauce espagnole ? On attend de voir… En prévision également quelques péloches internationales toujours produites par Filmax : Torment débarque du Canada et nous propose un survival horrifique dans une maison isolée. L’affiche est chouette, Katharine Isabelle (Ginger Snaps) joue dedans, pour le reste il faudra patienter! En développement également les projets Sweet Home (encore une maison pleine de fantômes ou de croquemitaines…) et Summer Camp, une hypothétique variation des slashers 80’s produite par Balaguero en personne… De quoi nous alimenter pour quelques soirées en D.T.V. que l’on espère de qualité…

      

Étrange de ne pas dénicher plus d’éditeurs en provenance de l’Angleterre : même si on doit bien évidemment passer à côté de nombre d’entre eux, ils s’avèrent pourtant discrets dans les allées du marché… On comptait donc sur Jinga Films pour se mettre quelques péloches UK sous la dent mais au final cette dernière distribue surtout des films ricains! À surveiller tout de même, en provenance direct d’Écosse, Sawney : Flesh of the Man qui nous plonge dans une légende cannibale assez classique : en résumé, des consanguins enlèvent des jeunes femmes pour les dévorer… Une variation de Détour Mortel ou La Colline a Des Yeux qui pourrait tout de même bénéficier de chouettes décors naturels pour mettre en valeur les exactions de la famille de dégénérés… À surveiller donc… The Human Race nous propose quant à lui une course à la mort… à pied ! Les règles ne sont pour le moment pas très précises mais on imagine que le casting doit grosso modo courir sans s’arrêter… Voir éventuellement du côté de Stephen King et de son Marche ou Crève pour de plus ample informations... After semble un poil plus original avec son pitch étrange et tordu : deux survivants d’un accident de bus font le même rêve de ville brumeuse peuplée de monstres bien flippants : ils s’associent donc pour tenter de comprendre cette étrange malédiction… Avec ses bestioles mutantes échappées de Silent Hill le preview du film est plutôt alléchant, reste maintenant à confirmer avec un scénario suffisamment solide et un minimum de pognon pour concrétiser convenablement les visions cauchemardesques de nos deux héros. En l’état on pourrait tenir là une chouette surprise pour le marché vidéo… Pas certain en revanche que la réussite soit au rendez-vous de ce Hansel and Gretel & the 4 :20 Witch : avec une Lara Flynn défigurée par le botox et un Cary Elwes qui n’a jamais su rebondir sur le succès de Saw, le film sent l’opportunisme si cher aux productions Asylum. On évitera donc de le comparer au film de Tommy Wirkola, les scénarios n’ayant de toute façon de commun que le titre ! L’histoire se passe cette fois-ci à notre époque à Pasadena et mélange sorcière cannibale et zombies affamés sur fond de guerre des gangs. Un mélange des genres casse gueule qui pourrait s’avérer indigeste et lourdement chiant… Scepticisme donc…

 

Marché du film / Zombie Fever de Kirill Kemnits

Un énième film de zombie au Marché du Film ? On a toutes les raisons de s'inquiéter et de craindre le pire : un genre usé jusqu'à la corde soutenu par un dossier de presse aguicheur avec bimbos dénudées flingue à la main (voir l’affiche ci-dessus…) qui nous assure que le film est un croisement entre Shaun of the Dead et Resident Evil. Evidemment on y croit à mort... Rien de très engageant donc, pour cette petite production russe budgétée 2.5 millions de dollars. Les premières minutes du film confirment d’ailleurs rapidement nos craintes : un doublage international en anglais bien naze pour pallier sommairement à la version originale russe et quelques dialogues de couloirs dans des décors étriqués qui nous incitent à fuir rapidement la salle... Pourtant au détour d’une séquence horrifique le miracle se produit et le film démarre subitement en enchainant les séquences gore et fun ! Pas de grande cohérence à retenir dans ce joyeux bordel (le scénario n’est qu’un simple prétexte…) mais la réalisation parvient à canaliser une énergie communicative et à nous offrir quelques idées plutôt originales : l'assaut du dojo et ses bastons poilantes, les séquences animées qui ponctuent le récit en lui apportant une bonne dose de dynamisme, et le carnage, très Planet Terror, orchestré par l'héroïne qui décime les rangs zombies à grands coups de sulfateuse.

On ne va, au final, pas vous mentir : oui le casting est miteux, oui les effets gore à base de synthèses au rabais sont définitivement très moches (ras le bol de cette mode débile du sang digital…), oui le scenario est un véritable gruyère incohérent, mais pour être tout à fait honnête on se fout un peu de cet argumentaire ! Car voilà une petite péloche D.T.V. qui remplit parfaitement son contrat : nous divertir et nous offrir 90 minutes décérébrées de teenage attitude bien sanglante. Dans la ligné, plus réaliste que celle énoncée précédemment, de Dance of the Dead, Dead Heads et autres Gangsters, Guns and Zombies, on verrait bien ce film débarquer sur nos platines françaises pour une parfaite soirée bière/pizza entre potes ! Une sortie hypothétique à surveiller prochainement via notre planning : Peut-être qu’un éditeur français présent en même temps que nous dans la salle aura décidé d’ajouter ce film à son catalogue... N.C.

 

 

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Cannes 2013 05