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Marché du film / The Corpse of Anna Fritz de Hèctor Hernândez Vicens

La vie du festivalier cannois est tout de même semée d’embuches surprenantes : il est désormais plus difficile pour un journaliste de franchir la porte des salles de projection du marché du film que de gravir les fameuses marches de la compétition officielle ! Malgré ces nouvelles restrictions (les boites de prod’ doivent souvent grincer des dents au regard des critiques souvent cinglantes, à raison, de la presse confrontée la plupart du temps à des projections de D.T.V fauchés et nazes…) nous avons quand même réussi quelques intrusions autorisées par une poignée de boites de production/distribution. Une faveur qui n’a pas franchement influencé sur la qualité de la plupart des D.T.V que nous avons pu visionner tel ce The Corpse of Anna Fritz plutôt très mauvais…

Projeté dans le cadre de la programmation "Blood Window : Latin American Fantastic Film Market" spécialisée dans l’horreur, le film nous propose de suivre trois teenagers qui décident de s’offrir une petite virée à la morgue afin de rendre visite au cadavre d’une jeune star récemment décédée. Sur place, après une cogitation d’au moins trois grosses secondes le trio décide tout simplement d’abuser du cadavre de la défunte (après tout, quoi de mieux qu’une petite virée nécrophile entre potes pour se poiler un peu…) Problème de taille : la jeune fille reprend miraculeusement vie. Comment, désormais, se débarrasser de ce témoin gênant ?

Un pitch de départ plutôt subversif (la nécrophilie donc…) qui nous promettait sur le papier une bonne grosse dose de sensations fortes ponctuées de séquences chocs et malsaines… Pas de bol pour nous puisque Hector Hernandez Vicens, dont c’est le premier film, foire lourdement sa péloche. Si l’on ne peut pas reprocher, techniquement parlant, grand-chose au film (l’action, confinée à quelques lieux clos ne souffre pas trop visuellement du manque de pognon) le film se plante en revanche avec son scénario routinier, radin et pudique, et qui ne parvient à aucun moment ni à effrayer ni à choquer. Un comble pour un film d’horreur au sujet aussi radical. On pense bien évidemment, sur un pitch quasi similaire, à l’excellent Dead Girl de Marcel Sarmiento et Gadi Harel, qui n’hésitait pas, quant à lui, à tabler sur la provocation et la violence frontale avec une efficacité évidente. The Corpse of Anna Fritz, trop frileux, n’ose pas, joue la carte du hors champ, se dédouane d’un traitement plus radical et perd du coup l’attention et la motivation du spectateur. En l’état le film s’étire péniblement pendant 90 minutes avec une histoire cousue de fil blanc (la fille meurt, ressuscite puis meurt et ressuscite de nouveau… Un des mecs se prend d’empathie pour la jeune fille, les mecs se massacre entre eux : la simple routine du genre…) pour finir par quelques poursuites peinardes, intra-muros à la morgue, proche du thriller bas de gamme. Un bilan bien fade pour un film qui ne révolutionnera évidemment pas le genre et qui s’avère même incapable de tenir la promesse d’une bonne soirée téloche entre potes. Vite vu et très vite oublié. Un potentiel fort malheureusement gâché par une mise en scène trop soft et trop conventionnelle. Dommage…

 

 

Marché du film / Blood Ransom de Francis Della Torre

Un petit tour du côté de la boite de distribution Devilworks. Une des seules, cette année, à laisser à la presse un accès complètement libre à ses salles. Une opportunité que nous n’avons évidemment pas laissée filer puisque Devilworks se spécialise dans l’horreur, la S.F. et le thriller, toute nationalité confondue. On trouve donc à son catalogue du rape & revenge canadien (Rouge Sang), du thriller chilien (The Vineyard) ou de la péloche cannibale russe (Shopping Tour). C’est, de notre côté, vers les USA que nous nous sommes tournés à deux reprises avec, pour commencer, un Blood Ransom à base de vampires et de bimbos californiennes sexy. Un petit détour par les salles miniatures du marché, donc, pour tenter d’être les premiers à dénicher une perle D.T.V. avant tous les autres ! Manque de bol puisque "les autres" ont dû avoir un peu plus de pif que nous : nous nous retrouvons dans la salle à moins de 10 kamikazes, bien décidés à bouziller 90 minutes de notre festival pour le pire et… pour le pire car le constat est simple : ce Blood Ransom est une perte de temps totale, même pas taillé pour être un nanar culte ou fendard.

Une jeune vampire, 100% Beverly Hills attitude et gros nichons, tente d’échapper à l’emprise de son maitre en s’enfuyant avec son chauffeur. Bien décidé à ne pas se laisser dépossédé le big boss décide de partir à sa recherche pour récupérer sa "possession".... Difficile avec un scénario aussi mince de ne pas filer la tête en avant dans le mur, ce que s’applique à faire sans hésitation le réalisateur Francis Dela Torre, déjà coupable d’un Subject : I Love You, mélo sans intérêt jamais débarqué en France où s’affichait Dean Cain grand habitué des D.T.V. sans intérêt. Sans surprise le réalisateur réitère à la hauteur de sa prestation précédente et nous assomme sans prévenir à coups de D.T.V. ringard pour ce qui deviendra au final le grand coup de ronfle du festival. Pas besoin d’argumenter à outrance pour nous justifier : une mise en scène ultra conventionnelle, un manque de pognon évident, un scénario pépère et sans intérêt qui nous rappelle que la mouvance du vampire romantique à la Twilight continue de faire des dégâts sur le marché D.T.V. (en gros, une romance entre un vampire et un humain dont on se fout complètement…). On ajoute au dossier quelques séquences sanglantes plutôt foireuses et une photographie digne d’une mauvaise série TV, à vous rendre les rues ensoleillées de L.A. à peu près aussi glamour que la croisette sous des trombes de flotte. Voilà en gros pour le bilan !

Reste le chef des vampires, Jamie Harris, (déjà vu dans des blockbusters tels que The Prestige, Cranck, Rise of the Planet of the Apes, ou dans quelques péloches indépendantes comme l’excellent Fast Food, Fast Women) dont la gueule sacrément anguleuse parvient partiellement à nous convaincre de sa prestation. Il est malheureusement le seul à crédibiliser son personnage si l’on considère les miettes restantes du casting particulièrement insipide. Mention spéciale à Anne Curtis qui, avec près d’une cinquantaine de rôles à son actif (tous inconnus du côté de chez nous…), clôt subitement sa carrière avec ce Blood Ransom. Peut être pas la rançon du sang mais plutôt celle du D.T.V. insipide qui vous flingue une carrière en 90 minutes….

        

 

 

Marché du film / Afterimages de Tony Kern

Exercice difficile et délicat que celui du film d’horreur à sketchs. Il faut déjà se frotter au mètre étalon du genre Creepshow, jamais surpassé (visionnez le récent Creepshow 3 pour comprendre votre douleur…), et assumer de surcroit l’inévitable comparaison entre les différents segments. Difficile donc d’établir un raisonnable équilibre qualitatif entre les histoires tout en conservant efficacité et fluidité (l’histoire destinée à lier les sketchs entre eux parvient parfois à elle seule, par sa médiocrité, à foutre le reste du film en l’air !). C’est dire comme le pari était élevé pour le distributeur Devilsworks qui après nous avoir volé 90 minutes de notre festival avec le mauvais Blood Ransom (voir plus haut sur cette page…) nous a ensuite proposé cet Afterimages, une anthologie horrifique donc, qui a la particularité de s’intéresser uniquement à des histoires de fantômes. Le fil conducteur amorce déjà assez mal notre relatif enthousiasme : une bande d’étudiants, pendant la fête des fantômes à Singapour, brule des cameras. À la place apparaissent différents supports d’images : une pellicule, une VHS et une carte mémoire qui contiennent chacune une intrigue horrifique. Des fictions qui commencent pourtant à déteindre sur la réalité…

C’est parti pour quatre histoires d’intérêt et de qualité divers ! On débute en mode natation avec l’histoire d’un homme qui se frotte au fantôme d’une femme dans une piscine. Lieu unique et intérêt relatif : malgré l’atmosphère l’action se noie… dans un verre d’eau. Deuxième tentative pour convaincre avec une femme persécutée par le fantôme d’une suicidée qui s’est jetée d’un immeuble : du déjà vu pour cette variante des Darkwater et Ring de Hideo Nakata qui n’hésite pas à recycler tous les stéréotypes du film de fantôme asiatique. N’ayez crainte, vous aurez votre dose de Sadako discount avec cheveux gras et grimpette au plafond : pas de quoi vous offrir le grand frisson mais le sketch, sans surprise, reste relativement efficace. On enchaine avec une nouvelle histoire qui louche du côté du scénario du Devil de M. Night Shyamalan : un groupe d’individus est prisonnier d’un ascenseur où une femme est victime d’un sort qui doit la mener à la mort. Des caractères opposés pour des personnalités stéréotypées : le sketch enfile les poncifs du huis clos comme des perles. Inévitablement les membres du groupe confiné pètent les plombs… Un chapitre forcément bavard mais quelques effets gore sympatoches parviennent cependant à relever la sauce (chouette perçage de joues pour extraire une poignée de billes…). On clôt cette anthologie avec l’histoire d’un homme confronté à une bague maléfique… On ne va pas se mentir : il va être plus difficile pour nous de se prononcer sur cette histoire puisque nous avons pioncé comme des marmottes dans les derniers instants du film. On accorde donc le bénéfice du doute à cette intrigue entraperçue entre deux clignements d’yeux….

Un bilan au final pas si négatif que nous l’avions envisagé : le format court permet d’aller à l’essentiel sans trop de temps morts. Même si le film reste malgré tout limité à son standard DTV (la trame narrative qui lie les sketchs est ridicule et les FX pas franchement à la hauteur d’ambitions pourtant déjà bien modestes…) l’ensemble se laisse visionner sans trop d’ennui et bénéficie d’un étrange mix d’influences, entre l’horreur d’un D.T.V. ricain classique et la culture « Sadako » de l’horreur asiatique. On attend une hypothétique sortie dans les bacs français pour se forger un deuxième avis devant notre téloche…

           

 

 

 

 

cannes 2015 02