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Rencontre avec Olivier Gruner : Le questionnaire Maniacs !

 

Cannes c’est aussi une opportunité pour faire des rencontres insolites, improvisées et surprenantes. Nous avons eu l’occasion de croiser le chemin, les années précédentes, du producteur Jeffery Beach, de l’acteur Don "The Dragon" Wilson, ou de l’incontournable Lloyd Kaufman qui s’était sympathiquement prêté au jeu du questionnaire Maniacs. Cette année encore c’est au détour d’un stand du marché que nous tombons par hasard sur Olivier Gruner. Ce nom ne vous évoque rien ? Vous avez pourtant dû à un moment ou à un autre tomber sur l’une de ses péloches tant l’acteur fait partie des incontournables du film de baston 90’s qui a envahi le marché du DTV suite à l’accession de Jean Claude Van Damme au rang de star…

La fin des années 80’s marque donc le retour en force des arts martiaux comme potentiel genre susceptible d’engranger de confortables bénéfices au Box Office. Le succès des premiers films de JCVD (Bloodsport, Cyborg, Kickboxer…) est évidemment le tremplin qui va permettre à toute une ribambelle d’acteurs, plus ou moins "combattants" professionnels de percer dans le milieu du cinéma. Certains vont connaitre le succès du blockbuster en salle (Dolph Lundgren, Steven Seagal ou partiellement Mark Dacascos …) tandis que d’autres vont être relégués, avec plus ou moins de réussite, au marché de la vidéo (Jeff Speakman, Don "The Dragon" Wilson, Cynthia Rothrock, Philip Rhee, et Gary Daniels pour la fin des années 90’s..).

 

 

C’est de ce vivier qu’émerge le Français Olivier Gruner. Cet ancien soldat de la marine et de la légion étrangère va tout d'abord pratiquer le karaté puis le kickboxing en tant que combattant professionnel : son palmarès est impressionnant avec un triple titre de champion de France et un titre de champion du monde. Un "job" pas assez rentable au goût d'Olivier qui se reconvertit alors dans la sécurité. C'est lors de l'une de ses missions au festival de Cannes (il travaille au contrôle des badges !) qu'Olivier décide de placarder des photos de lui en mode "baston" dans le palais du festival : contre toute attente cette promo improvisée va s'avérer rapidement payante puisqu'il est repéré par un producteur américain qui cherche des combattants pour ses films d'action. Une aubaine pour la boite Impérial Entertainment qui peut surfer sur le succès du belge Van Damme en tentant sa chance avec un combattant français ! Olivier se retrouve donc, en 1990, tout en haut de l'affiche d'Angel Town, sans aucune expérience en tant qu'acteur. Avec son histoire ultra classique d'européen qui débarque aux USA et décide d'aider les habitants d'un quartier de banlieue à se débarrasser de ses dealers et autres truands (à grands coups de bourre pif bien évidemment…) le film ne partait pas forcément gagnant pour battre des records de locations : Angel Town est pourtant un succès qui va permettre à Olivier d'officiellement lancer sa carrière ! Après quelques cours de comédie pour perfectionner sa présence à l'écran, il évite d'enchainer avec un "Angel Town 2" et choisit judicieusement de rejoindre Albert Pyun sur le tournage de Nemesis. Ce film d'action futuriste, loin des classiques films de karaté, ratisse bien plus large en s'offrant les bases d'un univers aux frontières du post-nuke et du film de Cyborg et nous gratifie de quelques belles séquences de flingage, hallucinantes d'efficacités et d'originalités (l'une d'entre elles sera d'ailleurs reprise par le film Underworld…). C'est une nouvelle réussite pour Olivier puisque le film est depuis devenu un petit classique du film d'action 90's : une recette que Pyun va, de son coté, continuer d'exploiter avec plus ou moins de réussite… 

           

Olivier enchaine dès lors les tournages en alternant films d'action, films de S.F. et films de combats. Une filmographie bien évidemment cantonnée au marché de la vidéo mais qui va s'avérer rentable jusqu'à la fin des années 90's. Si certains de ses films ne parviennent pas franchement à se démarquer de la concurrence, certains, sans être des chefs d'œuvre méritent tout de même le coup d'œil pour leurs qualités divertissantes : pas de claquage de neurones en prévision mais la garantie d'une soirée ciné pizza entre potes réussie ! On citera, en suivant la chronologie de sa carrière, le sympathique Savate (1995) : un pur film de combats (ring compris) à la sauce western mis en scène par l'excellent Isaac Florentine, un réalisateur spécialisé dans la baston qui claque et dont le sens du cadre, du montage et de la dynamique parvient à faire des miracles sur des petits budgets (voir également les très réussis Cold Harvest, Le Dernier des Dragons, Spécial Force, U.S. Seal II et la série des Undisputed). Grand dénicheur de combattants talentueux (c'est lui qui a lancé la carrière de Scott Adkins) il offre donc à Gruner son petit "Bloodsport" et nous livre quelques séries de bastons en mode tournoi des plus efficaces, dans la limite d'un budget extrêmement réduit. S'ajoute à ses performances de combattants un casting bien sympathique : Ashley Laurence (Hellraiser, dont vous pouvez lire la filmographie dans notre rubrique du même nom…), Marc Singer (Dar l'Invincible et le Mike Donovan de la série V), James Brolin (plus de 50 ans de carrière, une filmographie de plus de 130 films dont le classique Amityville) et Ian Ziering, échappé de la série pour ados Beverly Hills… Un DTV édité en France par F.I.P. mais difficilement trouvable aujourd'hui…

Suit une série de films où Olivier ne peut que très partiellement exprimer ses talents de combattant. Basés essentiellement sur des scènes d'action "classiques", Automatique (1995), Savage (1996), Mercenary I &II (1996 &1998), Mars (1997) ou T.N.T. (1997) bénéficient de budgets plus ou moins confortables (entre 4 & 10 millions de dollars) pour une série de scénarios naviguant entre S.F., cyber technologie, missions guerrières ou vigilante/revenge Movie. Rien de très honteux ni de très palpitant : le tout venant du D.T.V. 90's… C'est à l'aube de la quarantaine Qu'Olivier amorce un virage dans sa carrière et passe à la vitesse supérieure : l'ère du dvd est à son balbutiement, le web tisse lentement sa toile, les images de synthèses deviennent accessibles à moindre coût et de nombreuses boites de production débarquent sur le marché florissant de l'exploitation vidéo. L'acteur enchaine désormais les tournages (jusqu'à 5 films par an) et passe par la case Unified Film Organization en 1999, la boite de production de Phillip J. Roth et Jeffery Beach spécialisée dans les disastertaiment, la S.F. et les films d'action. Toujours réalisées avec soin et efficacité à grands coups de spectaculaires FX maison les productions U.F.O. offrent un doublé à Olivier avec Piège dans l'Espace (Velocity Trap - 1999) et Interceptor Force (Interceptors – 2000). Le premier lui affecte un rôle de flic de l'espace qui convoie quatre milliards de dollars depuis une colonie reculée vers la Terre. Evidemment des mercenaires vont tenter de s'emparer du butin ! De l'action pas franchement palpitante mais les scènes de batailles spatiales efficaces et soignées remontent le niveau d'un cran pour nous offrir au final un excellent divertissement. Olivier s'en sort avec les honneurs dans un rôle très classique, sans énormément de scènes d'action, mais reste toujours crédible dans ses dialogues et les quelques notes d'humour qui parsèment le film (la danse en solo, absolument incontournable, sur la musique de Carmen…). Retour sur Terre avec Interceptor Force et son scénario un peu plus propice à l'action pure : après le crash d'un Ovni sur une petite ville des Etats-Unis intervient la Force d’Interception, une équipe de soldats spécialement formés pour lutter contre les forces extraterrestres. Arrivés sur les lieux, ils sont confrontés à des extraterrestres à forme reptilienne qui prennent une apparence humaine… Des gros flingues pour une Team décidée à faire parler la poudre pour accueillir les indésirables E.T. ! Comme d'habitude les FX de U.F.O. tiennent parfaitement la route et Olivier a l'occasion d'utiliser ses talents de combattants pour quelques bastons à mains nues : douloureux mais efficaces ! Du D.T.V. parfaitement calibré donc, sans grande originalité mais plaisant à suivre : le contrat est rempli ! On est par contre moins enthousiaste sur les quelques films suivants, disponibles en dvd sur le marché français. The Circuit 1 & 2 (2002), produit par Film One Productions, replonge l'acteur dans le film de combat classique en arène : Olivier joue un prof de sport qui a, dans le passé, été un redoutable combattant à mains nues, le seul à être sorti victorieux du Circuit, impitoyable tournoi clandestin. Il mène désormais une vie paisible jusqu'au jour où son frère, enseveli sous les embrouilles, le pousse à remonter sur le ring. Pas grand-chose à tirer de ce film malgré un casting sympathique, sorte de best of du D.T.V. du coup de latte : Billy Drago, Bryan Genesse ou Jalal Merhi associés dans une seule péloche ne parviennent pourtant pas à sauver le spectateur de l'ennui… Pas mieux pour sa suite The Circuit 2 dans lequel Olivier retrouve son personnage, bien décidé à venger sa fiancée précipitée dans le coma pour avoir découvert une organisation de combats clandestins dans un pénitencier. Découragé par une enquête officielle qui ne progresse guère, notre french savateur se fait passer pour un délinquant et se glisse parmi les nouveaux détenus de la prison, un lieu où les gardiens appliquent une justice bien à eux… Bastons molles, mise en scène ringarde et Lorenzo Lamas en bonus has been qui n'arrange guère la facture déjà lourdement plombée... On préfère oublier que nous l'avons visionné ! On oublie également SWAT: Warhead One (2004), de l'action fauchée en charentaise, mais surtout le surréaliste Power Elite (2002) de chez Ciné Excel Entertainment (le pire en matière de D.T.V. d'action…) budgété à plus de 3 millions de dollars et dont on cherche encore où le pognon a bien pu atterrir : des stock-shots militaires en pagaille, des FX lamentables et une mise en scène épileptique, recadrée au pif, qui frise véritablement l'amateurisme. Un minimalisme presque gênant tant le film ressemble à un bricolage hasardeux. À visionner à l'occasion par curiosité pour mesurer l'ampleur des dégâts ! Olivier continue malgré tout d'enchainer les tournages et enrichit régulièrement notre planning de D.T.V. (que nous n'avons pas vus…) : Citons en vrac les plus ou moins récents Gunners (2006), Secret de Guerre (2009), Sector 4 (2014) ou Dark Web (2016)... À 55 ans, l'acteur a encore des ressources et le prouve avec une page IMDB toujours régulièrement annonciatrice de films en pré-production… Il a en tout cas trouvé le temps pendant ce festival de nous consacrer, en toute sympathie, quelques instants de son planning cannois pour se frotter au questionnaire Maniacs. Avec spontanéité, gentillesse et intérêt, il nous a dévoilé ses goûts en matière de cinéma : une interview que vous pouvez retrouver ci-dessus ou sur la chaine Maniacs TV de You Tube...

Nicolas C.

 

 

Filmo selective en DVD zone 2

 

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cannes 2015 04 O.G.