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Fantastic'Arts 2004

C’est avec une certaine impatience que nous attendions cette nouvelle édition du Fantastic’arts. Après une programmation 2003 plutôt réussie (des incontournables May et Darkwater à l’implacable baffe 28 Days Later) on espérait ouvertement que cette nouvelle année de festivités vosgiennes offrirait à nouveau son lot d'œuvres de qualité. La déception est amère puisque la compétition 2004 traîne un peu la savate, minée par une sélection sans saveur et sans grand intérêt.

On châtaigne direct Acacia de Park Ki-Hyung et A tale of two sisters de Kim Jee-woon, deux films de Corée du sud à la structure scénaristique voisine. En surfant sur l’inusable vague des histoires de fantômes japonais, le doublé s’enlise lourdement dans d’interminables dialogues existentiels et autres conventions horrifiques post-Ring : pour amateurs acharnés uniquement. Tout aussi assommant mais foutrement plus poilant est le Sur le Seuil de Eric Tessier : si son histoire d’incarnation démoniaque ne vaut pas grand chose, les dialogues «caribou» et l’accent québécois du casting permettent en revanche de se marrer comme une baleine pendant une bonne heure et demie. C’est déjà ça. Jamais à court d’idées pour plomber la bonne volonté du festivalier, les programmateurs décident également de nous infliger Lost Things de l’australien Martin Murphy. Malgré quelques idées plutôt réussies (la plage comme élément d’isolement aboutit à une véritable ambiance claustrophobique à ciel ouvert) le scénario grille rapidement ses quelques cartouches et ne parvient pas à maintenir un suspens au climax forcément prévisible. Mais la plage est plutôt jolie. Dans un registre similaire Session 9 de Brad Anderson possède toutes les caractéristiques du thriller fantastique inutilement tortueux. Beaucoup de couloirs sombres (c’est bien pratique car ça fait peur) et des personnages qui prennent le temps d’adopter des visages graves et inquiets pour, au final, courir dans tous les sens sans véritablement comprendre pourquoi. Nous non plus d’ailleurs.

Forcément au milieu de cet océan de déception se devaient d’émerger quelques bouées auxquelles nous raccrocher. Devenu valeur sûre du festival, Takeshi Miike revient donc cette année avec le pas net The Happiness of the Katakuris (et un tout aussi toqué Gozu, hors compétition), film inclassable et aliéné où une famille propriétaire d’une pension de montagne passe le plus clair de son temps à enterrer les cadavres de ses clients, victimes de morts accidentelles (selon des critères propres à Miike : à bon entendeur…). Une projo sous le signe du vent de folie filmique, drôle et inventif, même s’il n’entretient que peu de rapport avec le genre fantastique (Dionnet va même remercier le jury d’avoir primé une comédie musicale…).

Tout aussi réussi est le retour du Jeepers Creepers : deux ans après ses premiers méfaits alimentaires , le croquemitaine volant, adepte du gargarisme vocal, revient donc foutre le bordel chez les rednecks et en profite pour décimer quelques teenagers sportifs et malchanceux (c’est pareil non ?). Si le premier opus instaurait un véritable climat de tension et d’épouvante (un choix judicieux qui permit au film de remporter un succès critique et public inattendu), celui-ci adopte une formule différente et nous plonge directement dans l’action d’une histoire simpliste (le scénario est épuré de toutes scènes d’expositions) mais propice à un véritable festival de situations déjantées et réjouissantes. Faut voir le Creeper s’arracher la moitié de la tronche avec le javelot qui lui traverse le crâne ou choisir ses futures victimes/burgers en léchant les vitres du bus…). Victor Salva, toujours aux commandes directrices de son rejeton démoniaque impose donc un rythme soutenu à sa mise en scène, prétexte à nous en coller plein la vue. Pour appuyer ses modestes ambitions il s’adjoint les services de l’acteur Ray Wise dans le rôle de Jack Taggart, un père de famille bien décidé à venger son jeune fils bâfré par le Crepper. Habitué aux rôles de taré notoire (voir sa prestation dans la série et le film Twin Peaks) Wise nous compose un personnage halluciné et déterminé, loin du reste d’un casting teenager sans relief. Car c’est évidemment là que le film dérape d’un poil : dans le manque d’intérêt que l’on porte aux personnages de l’intrigue (à l’inverse du premier film). On se tape même éperdument de savoir qui se fera, ou non, bouffer la couenne. Cette indifférence accentue les quelques chutes de rythme présentes tout au long du métrage : une petite carence de tempo pas insurmontable mais regrettable. Pas de panique cependant car Jeepers Creepers 2 demeure un excellent divertissement, fun, sanglant et sans concession. Le contrat est donc rempli. Rendez vous dans 23 ans !

Le véritable coup de cœur du festival à, quant à lui, pour nom Love Object : un événement inattendu puisque les programmateurs, assurément par mégarde, ont laissé se glisser un excellent film au milieu de la programmation. Kenneth est un jeune cadre dynamique mais introverti, aussi décide-t’il de s’offrir la compagne idéale, une poupée de silicone grandeur nature, à l’effigie de sa nouvelle collègue Lisa qu’il n’ose aborder. Mais Kenneth, légèrement fondu du bocal, va peu à peu perdre pied avec la réalité, face à sa dominatrice de plastique… Cette idée tordue, Parigi la puise dans le quotidien anecdotique : «Mon ingénieur du son me fit découvrir sur son ordinateur portable le site www.realdoll.com. Au départ j’ai cru que c’était une plaisanterie et que quelqu’un avait concocté un site bidon affichant des photos de femmes nues. Mais, en y regardant de plus près, j’ai vu qu’il s’agissait bien de poupées érotiques, aussi étrangement inertes que certains cadavres que j’avais pu observer dans le laboratoire du coroner du comté de Los Angeles». Un point de vue morbide qui hante véritablement le métrage et aborde de front l’idée d’une nécrophilie maladive et obsessionnelle. Sous ses airs charmants mais inquiétants Kenneth (Desmond Harrington, impressionnant de fureur contenue) participe donc à la pérennité cinématographique du déséquilibré trop sympa pour être honnête. Une sexualité déviante et un psychisme ramassé qui évoque forcément Norman Bates, autre jobard incontournable et patriarche de tous les mabouls cinématographiques. Malgré cette référence hitchcockienne c’est pourtant du côté de l’écurie Cronenberg que navigue Parigi : une inspiration commune pour les déviances psychologiques et les particularités corporelles (voir la « tache de vin » partagée par plusieurs protagonistes…). Une comparaison forcément flatteuse pour une première œuvre aboutie.

Malgré ces quelques consolations c’est donc par un constat un peu amer que se conclut cette onzième édition. À vouloir à tout prix élargir le cercle des compétitions pour séduire un plus large public (voir la dispensable Anim’art qui nous a bouffé quelques unes de nos après-midis ciné...), les programmateurs en ont oublié l'essentiel : nous offrir des films de qualité, assortis de quelques nanars 100% fun. On notera d'ailleurs, cette année, la douloureuse et cruelle absence de «gore-movie» dans les salles : pour s'envoyer un Couvent ou un Cabin Fever sur grand écran il faudra désormais s’adresser ailleurs... C’est donc en définitive la compétition vidéo qui sauve la mise : entre un Black Mask 2 et un Beyond Réanimator en projection gratos, le Paradiso et ses sièges rétro 70’S un peu glauques risque de devenir l’ultime lieu de pèlerinage d’un festival en perte de vitesse…

NICOLAS C.

Palmarès longs métrages 2004

Grand prix : A tale of two sister.

Prix du jury : Hapiness of the katakuris.

Prix de la critique internationale : Love object.

Prix 13 ème rue : A tale of two sister.

Prix Premiere : Love object.

Grand prix du jury jeunes : A tale of two sister.

 

 

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