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Fantastic'arts 2005

 

Gérardmer le retour. Après une édition 2004 plutôt décevante, le festival vosgien du ciné fantastique se devait d’effectuer un retour en force pour retrouver l’estime que nous lui accordions quelques années auparavant. Même si cette programmation 2005 n’est pas celle du renouveau tant attendu, accordons-lui au moins le mérite de nous avoir offert la diversité : de la bonne poilade à la franche terreur, petit retour sur une honorable programmation…

BUNSHINBABA : Pas très honorable pourtant ce début de compétition puisque l’on doit se coltiner dès le jeudi matin cette fastidieuse réalisation coréenne. Une élève, bonne poire donc aimablement molestée, décide de se venger de ses camarades de classe en invoquant un fantôme redresseur de torts. Entité efficace à la tâche, les passions, les esprits et les corps vont dès lors rudement s’enflammer... Ne cherchez pas trop d’originalité dans ces quelques lignes puisque c’est une très classique histoire de fantômes japonais qui nous est ici bradée. Bunshinbaba c’est un peu Freddy chez Sadako qui déciderait d’aller finir la soirée chez Carrie... Le réalisateur complique la narration pour noyer le sushi mais il en faut plus pour nous couillonner : ça chiale, ça panique, c’est un gros boxon et on ne sait plus vraiment qui est le fantôme mais l’overdose du genre nous guette assurément…

TRAUMA : Pas d’overdose de pizzas vosgiennes en revanche (la base de l’alimentation du festivalier), nous pouvons donc poursuivre notre journée avec cette production anglaise. Après quelques cascades automobiles, un homme sort de son coma et se retrouve confronté au souvenir de sa femme décédée… Hanté par cette image, notre héros va vite perdre pied avec la réalité... Il démarre pourtant plutôt bien ce petit film réalisé par Marc Evans (My Little Eye). Un climat étrange et inquiétant qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler celui d’Insomnies de Michael Walker. Colin Firth, très loin de son personnage crétin de Bridget Jones est surprenant en paumé obnubilé par ses visions d’outre tombes et on espère assister à la première surprise ciné de ce festival. La déception est amère puisque la conclusion d’une affligeante banalité rend tous les précédents efforts scénaristiques absolument vains. Pas de bol, c’est loupé. On passe...

LA PEAU BLANCHE : Pas le temps de nous remettre de notre précédente déception puisqu’il nous faut de suite enchaîner sur le film suivant. Thierry rencontre Claire et tombe follement amoureux de cette jeune femme à la peau blanche (d’où le titre, bien vu les gars). En provenance du Québec, cette banale histoire de vampire paresseusement filmé déclenche des torrents d’hilarité involontaires. La faute à des dialogues sans intérêts, accentués par un accent caribou taillé pour décrédibiliser les situations les plus horrifiques. Il est certes facile de se bidonner de l’élocution canadienne mais quand le scénario, dans le cas présent, n’invite qu’à la somnolence, il ne faut pas non plus espérer gagner les faveurs du public.

THE EYE 2 : Après la tranche de bonne rigolade précédente, quelques bretzels et autres glaces en guise de repas, la journée s’achève avec la présentation en avant première du nouvel opus des frères Pang. En évitant le piège de la suite « remake », The Eyes 2 nous plonge dans l’histoire de Joey, jeune femme enceinte dotée du pouvoir de voir les fantômes et les morts. Toujours très efficace dans leur mise en scène, les deux frangins nous offrent un film, certes sans grande originalité, mais ouvertement divertissant, admirablement rythmé et ponctué, comme à leur habitude de quelques scènes anthologiques : on peut se délecter de voir la ravissante Shu Qi, enceinte jusqu’aux oreilles, se jeter à répétition du toit de l’hôpital et remonter les marches en rampant pour tenter de tuer son bébé. Un peu de cinéma tordu et excessif : voilà bien ce qu’il nous fallait pour clôturer les hostilités ciné de cette première journée, en espérant que la suivante réserve son lot de surprises…

HYPNOS : Difficile pourtant de commencer ce vendredi avec ce soporifique film espagnol. Une jeune psychiatre, engagée dans un sanatorium, est entraînée, au contact d’un patient amnésique, dans un univers de folies et de fantasmes. Malgré un esthétisme véritablement somptueux et une ambiance oppressante réussie, le film sombre rapidement dans un univers onirique complètement chiant et une enquête psychologique trop tordue pour réussir à nous maintenir éveillés pendant 90 interminables minutes. La salle roupille sec. Je ne fais pas exception au reste de l’audience…

CALVAIRE : Ce début de soirée marque le premier grand frisson de ce festival. Marc Stevens chanteur itinérant échappé d’un Jean Rollin, tombe en panne de minibus en plein Texas français. Il est chaleureusement recueilli par Paul Bartel, aubergiste accueillant mais bigrement agité de la cafetière. Pour son premier long métrage Fabrice du Welz signe un film totalement abouti, chef d’œuvre instantané, qui n’est pas sans nous rappeler le traumatisme causé par les premières œuvres de Tobe Hopper ou Wes Craven. Sans second degré, Calvaire nous entraîne vers l’horreur pure, poussant le genre « survival » dans ses extrêmes retranchements. Appuyé par un esthétisme très 70’s, le film nous plonge dans une France aux régions isolées et sauvages, habitées par des rednecks complètement frappés. La scène de « la danse des pingouins » est, à cet égard, un moment d’intense malaise pour le spectateur. La sensation d’isolement et de claustrophobie, provoquée par ses espaces de nature isolés, sont admirablement mis en scène et contribuent à créer un sentiment permanent de menace et d’insécurité pour le héros interprété par Laurent Lucas. L’autre grande réussite du film est d’ailleurs son étonnant casting. Jackie Berroyer à contre courant de son image de sympathique nounours, est absolument effrayant de folie non contrôlée. A ses cotés Phillipe Nahon retrouve son personnage plus habituel d’ogre bourru et Laurent Lucas fait admirablement paraître la fragilité de son personnage. Pour notre plus grande frayeur. Le reste du casting est à l’image du film : une galerie de personnages décalés, effrayants de naturel et de sauvagerie. Calvaire est donc un film qui va assurément marquer le genre horrifique, un coup de maître qui a collé une pétoche monumentale à la plupart des festivaliers qui ne s’attendaient pas à un tel spectacle. Le public, groggy, ne s’est d’ailleurs que peu exprimé à la fin du film. Une réaction de groupe rarement observée à Gérardmer. Après un tel choc filmique, nous décidons de faire l’impasse sur Deadly Cargo (pas terrible si l’on en croit les échos…) pour retourner directement à la case hibernation…

SAW : C’est le début du week-end à Gérardmer et ce samedi matin démarre sur les bonnets de roue avec la présentation de Saw. Deux hommes se réveillent enchaînés au mur d’une salle de bain. Ils ignorent où ils sont et ne se connaissent pas. Ils savent juste que l’un doit absolument tuer l’autre d’ici huit heure, sinon ils seront abattus tous les deux. Impossible de dévoiler un peu plus l’intrigue du film sans en altérer l’effet de surprise. Sur un pitch apparemment simple James Wan et son co-scénariste Leigh Whannell tissent un véritable suspens, peuplé de rebondissements scénaristiques d’une exceptionnelle efficacité. De l’imagination créative comme cette scène, véritable moment de frayeur, où une femme doit éviscérer un inconnu pour se libérer la tête d’un casque d’acier programmé pour lui arracher la mâchoire ! De quoi rester définitivement bouche bée… L’apparition régulière de l’angoissante marionnette du tueur, charpentée par une atmosphère oppressante et une photographie post-Seven maintiennent cet état d’angoisse tout au long du métrage. De quoi s’assurer une pétoche de qualité supérieure… Doté d’un budget à peine supérieur au million de dollar (une goutte d’eau dans l’océan de thunes hollywoodien) Saw, par un formidable bouche à oreille public et critique, ramasse le pactole avec des recettes dépassant les 100 millions. Un succès amplement mérité et une poule aux œufs d’or pour les producteurs : la suite est donc évidemment déjà en chantier. On l’attend de pied ferme. En attendant nous avons rendez-vous à la MCL avec Elvis…

BUBBA HO-TEP Le King n’est pas mort ! Il végète dans une maison de retraite paumée au milieu de la campagne texane. Aigri par sa condition de vieillard assisté, il va pourtant devoir affronter une momie bien décidée à s’emparer de l’âme des pensionnaires de l’établissement. Réalisateur culte, et déchu, de la série des Phantasm et du très kitsch Beatmaster (Dar l’invincible), Don Coscarelli revient sur le devant de la scène ciné avec cet instantané petit chef d’œuvre. En partant d’une idée scénaristique véritablement originale, le film jongle entre le fantastique rétro, hommage au classique 30’S de la Universal, et la comédie, avec un certain goût du dialogue trash. « Je rêvais… que ma bite étais infectée et je regardais si l’excroissance à son bout était encore emplie de pus... » : un aperçu des premiers dialogues du film, histoire de donner le ton ! Mais la plus grande réussite de Bubba Ho-Tep se cache derrière l’immense sensibilité du scénario. En abordant la thématique de la vieillesse et en évoquant avec subtilité le problème de la solitude, de la mort et de l’abandon, Coscarelli parvient sans peine, mais avec talent, à nous bouleverser et à nous émouvoir. L’interprétation parfaite de Bruce Campbell en Elvis délabré entérine notre jugement : Bubba est une merveille !

TROUBLE Après un tel coup de santiag de momie dans les burnes il paraissait bien difficile d’enchaîner sur un autre film sans craindre la gamelle qualitative. C’est pourtant le cas puisque le film proposé ce soir en avant première peut prétendre au prix grosse bouse du festival. Mathias coule des jours heureux avec sa femme Claire et son fils Pierre. Orphelin, il apprend pourtant la mort de sa mère qu’il croyait décédée depuis longtemps. Il découvre également l’existence de son frère jumeau Thomas. Sur un sujet apparemment complexe et propice aux rebondissements narratifs, Harry Cleven nous livre un film vide, taillé pour le petit écran du dimanche soir. On attend pourtant l’élément « fantastique » qui permettra au film de basculer dans notre genre de prédilection mais l’on assiste en définitif à un marathon de dialogues inutiles, interminables et prétentieux. Comment comprendre dès lors le choix du jury qui, par une inexplicable décision, s’est délesté de son grand prix sur un pseudo thriller psychologique ? L’air un peu trop pur de la montagne sans doute…

ONE MISSED CALL On débute ce dernier jour de festival avec le nouveau Takashi Miike. Une jeune collégienne reçoit, sur son portable, un appel provenant d’elle-même trois jours dans le futur. Passée cette période, la jeune fille est retrouvée morte dans d’étranges conditions. On attendait avec impatience le nouveau film du réalisateur de Audition et de Gozu. Malheureusement One Miss Called s’avère être à des années lumière de l’univers habituellement taré du réalisateur. On attend donc que l’héroïne accouche d’un pénis géant par une oreille. En vain. En bénéficiant d’un des plus gros budgets alloués à un film d’horreur japonais, Miike nous livre un film de fantômes calibré et efficace mais résolument conventionnel et sans génie. Budget gonflé ne rime donc pas forcément avec créativité. Mais ça on le savait déjà…

AB-NORMAL BEAUTY Les frères Pang sont sur un bateau. Danny tombe à l’eau. Qu’est ce qui reste ? Oxide seul à la réalisation. Jiney, jeune étudiante passionnée de photographie, assiste à un accident mortel et va, peu à peu, devenir obsédée par le fait de fixer le moment de la mort sur pellicule. Sur un sujet franchement morbide Oxide signe une œuvre maladroite. Si la première heure du film s’attache à décrire la dérive malsaine de la jeune héroïne le réalisateur prend ensuite le parti de basculer son film vers le genre « slasher », avec plus de maladresse et moins de réussite… Ab-Normal Beauty reste cependant efficace et plutôt recommandable : l’occasion de finir ce festival sur une note plutôt positive !

 

Le Fantastic’arts, 12 ème édition vient donc de s’achever sur un bilan à la hausse. Je n’ai évidemment ni vu, ni chroniqué l’intégralité des films programmés pendant le festival : il m’aurait fallu pour cela deux yeux de plus. En attendant on peut retirer ses moufles et ses moon boots jusqu’à l’année prochaine. En espérant que la programmation de la treizième édition soit placée sous le signe de la chance…

Nicolas C.

 

Palmarès longs métrages 2005

Grand prix : Trouble, de Harry Cleven

Prix du jury : Saw, de James Wan

Calvaire, de Fabrice du Welz

Prix de la critique Internationale : Calvaire, de Fabrice du Welz

Prix du jury jeune : Saw, de James Wan

Prix Première : Calvaire, de Fabrice du Welz

Prix 13 ème Rue : Trouble, de Harry Cleven

Prix Mad Movies : Into the Mirror, de Seon-Ho Kim

 

 

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