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Fantastic'Arts 2006

 

Fantastic’Arts treizième ! Sous le signe de la superstition cette nouvelle édition du festival vosgien n’a pas craint le mauvais sort en proposant une programmation un peu plus diversifiée qu’à l’accoutumée (voir le très net retrait des productions asiatiques un peu trop envahissantes ces dernières années…) et parvient du coup à nous livrer un excellent cru ponctué de quelques chouettes péloches trop souvent absentes, ces dernières années, des salles obscures de Gérardmer. Petit retour sur ce millésime 2006…

BUNHONGSIN : La compétition débute, ce jeudi 26 Janvier, avec le coréen Bunhongsin (The Red Shoes). Pas de grande surprise puisque le réalisateur nous balance, malgré une intro bien foutue, un classique kwaidan eiga mille fois vu en mieux ailleurs. Quelques effets faciles, des rebondissements à répétition et une mise en scène trop molle rendent rapidement le film interminablement indigeste. Beaucoup trop d’agitation pour une simple paire de grolles...

ISOLATION : On change très nettement d’ambiance et de continent avec Isolation de Billy O’Brien. Au cœur de la campagne irlandaise, un fermier attend que l’une de ses vaches mette bas. Un évènement d’autant plus délicat que des expériences de biotechnologie ont été effectuées sur le bétail... Avec cette modeste transposition d’Alien en pleine cambrousse celtique, le réalisateur parvient, avec ce premier film, à créer une ambiance véritablement malsaine. Une menace réaliste, ancrée dans le quotidien, sans étalage d’effets de maquillage ou de synthèse mais bien plus efficace que n’importe quelle bestiole à trente-trois guiboles et quarante-deux têtes venue de l’espace. L’interprétation sans esbroufe d’un casting crédible consolide l’efficacité du processus de pétoche et permet au final à Isolation de remporter le Grand Prix et le Prix de la Critique Internationale. Une récompense amplement méritée...

REEKER : Petit détour, pour finir la journée, du côté du « teen horror movie ». Cinq potes décident d’aller taper la fiesta au milieu du désert. Forcés d’interrompre leur voyage, ils vont rapidement être confrontés à une entité bien vacharde qui va tenter de les zigouiller dans les recoins les moins accueillants d’un hôtel abandonné. Échappé de l’écurie Corman, le réalisateur Dave Payne signe un film sans grande originalité (voir le pitch et le dénouement à 2 deux balles déjà usés jusqu’aux rotules…) mais assumé comme étant 100 % fun selon ses propres propos. A ce niveau le contrat est amplement rempli : de bons effets craspec, un rythme sans temps morts, on n’en demande pas plus à ce film parfaitement calibré pour les soirées glaciales du festival…

WOLF CREEK : C’est pratiquement à l’heure du p’tit déj’, ce vendredi matin, que l’on se prend en pleine poire le phénoménale Wolf Creek. Trois amis partent faire une randonnée dans le desert Austalien. En rade de bagnole, les potes dans la mouise vont être secourus par un autochtone pas franchement apparenté au sympatoche Dundee. A partir d’un pitch apparemment usé jusqu'à la chaussette Greg McLean signe pourtant une nouvelle référence du film de survival. Tourné en DV façon « film de vacances », le réalisateur prend le temps d’installer ses personnages dans un quotidien réaliste. L’empathie fonctionne donc à plein régime lorsque la menace puis l’horreur se révèle aux jeunes randonneurs. D’une efficacité imparable, bourré d’idées aussi flippantes qu’originales (voir la scène de la fuite sur l’autoroute…) et soutenu par un casting loin des stéréotypes d’acteurs employés en général dans le genre, Wolf Creek est un petit chef d’œuvre, un monument de terreur très injustement écarté du palmarès de cette édition…

ZHAIBIAN : Il arrive parfois qu’en plein milieu d’après midi, lorsque l’on a déjà enquillé quelques films et une énorme pizza jambon-fromage au petit resto du coin, on ressente le besoin incontrôlable de pioncer quelques instants comme une vieille baleine. Cette petite heure et demi de cinéma taiwanais a donc dû subir les conséquences du coup de barre vosgiens puisque même avec la fiche technique ultra détaillée du film sous le pif, je ne suis pas foutu de me remémorer la moindre petite image de cette séance. La grosse dèche. Prévoir la méga dose de Guronsan l’année prochaine… (euh… y a pas quelqu’un qui peut me parler du film ?)

HOSTEL : C’est avec les yeux bien ouverts en revanche que j’attaque la très attendue séance de Hostel, en présence du réalisateur Eli Roth, déjà présent à Géradmer en 2003 avec le surestimé Cabin Fever. Le film évènementiel est précédé d’une réputation bien gore, soutenu par Tarantino lui même en tant que producteur exécutif. Même Roth profite de la scène de l’Espace Lac pour en rajouter des caisses façon show ricain « vous n’avez jamais rien vu de pareil ». Pas d’avantage de clarté à la lecture du synopsis puisque même si celui-ci repose sur un pitch ultra basique, il reste cependant propice à une bonne débauche de nibards siliconés et d’effets ultras gores bien poilants. Jugez plutôt : 2 potes ricains décident d’aller parcourir l’est de l’Europe pour se taper un max de prostiputes atomiques. Il vont pourtant se retrouver pris au piège d’un hôtel qui utilise ses pensionnaires comme de la simple pâtée pour chats d’une clientèle qui se complet dans la torture en tout genre… C’est pourtant la déception qui parasite un peu la fin de cette projection, car même si Hostel contient effectivement son lot de tripailles et de culs, on s’attendait cependant à une mise en images nettement plus radicale. Les amateurs de gros gore qui tâche, façon « uncut movies », c’est sûr seront déçus. Les autres se contenteront de trouver cette histoire bien dégueulasse. Hostel aurait, en définitive, dû être jugé pour ce qu’il est vraiment : un petit film bourrin calibré « direct to vidéo » qui aurait certainement eu plus d’impact sans cette promotion extrêmement aguicheuse mais incontestablement bidon ! Les avis auraient-ils d’ailleurs été aussi sévères si le film avait été diffusé modestement sur les écrans de la salle vidéo du Paradiso ? Une opinion à réviser, en tout cas, lors de la sortie de la version uncut du film en DVD, où Hostel prendra une toute autre envergure sur nos écrans de télévision. Mais pour le moment à Gérardmer, on remue beaucoup de viscères pour rien...

SHEITAN :  jeune réalisateur Kim Chapiron. Malgré l’énergie dégagée par l’équipe du film, Vincent Cassel en tête, Sheitan nous laisse sur un sacré sentiment d’énorme foutoir. Inexpérimenté, Chapiron nous balance un scénario complètement bancal qui n’arrive pas à trouver ses marques, surfant de la comédie ultra lourdingue au pseudo Slasher bien fadasse. Les acteurs, en totale roue libre, semblent quant à eux directement échappés d’un film amateur. Même Cassel, en manque de directives, interprète son personnage moustachu de façon ultra parodique et outrancièrement ridicule. Seule la scène de la baignade dans la grotte, moment de rencontre entre le casting des jeunes de banlieue et ceux, bien flippants, des campagnes, distille un véritable sentiment de malaise, qui laisse imaginer ce que le film aurait pu être s’il avait choisi une autre direction que ce grand nawak sans intérêt…

FRAGILE : Samedi 28 Janvier, 11 heures du mat’, on commence déjà à saturer gravement du gavage intensif de Bretzel et on entame cette matinée avec le nouveau Jaume Balaguero, un grand habitué du festival qui avait déjà présenté La Secte Sans Nom (prix du jury) et Darkness (rien du tout) les années précédentes. Une jeune infirmière est engagée pour bosser dans un hôpital pour enfants. Dès son arrivée, elle apprend que les sinistres locaux, pourtant prompts à faire décamper n’importe quel patient déjà délabré, sont en plus le théâtre d’étranges accidents. Mélancolique mais courageuse, Calista Mc Beal décide de mener l’enquête… A la vue d’une histoire aussi classique, on se dit que Balaguero est avant tout un réalisateur qui s’appuie davantage sur une ambiance et une photographie au poil, que sur un scénario béton. C’est dans cette approche que résident les faiblesses de Fragile : un univers sombre à l’esthétisme léché omet involontairement de s’appuyer sur une histoire solide … On se surprend dès lors à décrocher notre attention du film dès que l’action se recentre sur les dialogues… c'est-à-dire assez souvent ! Ne soyons cependant pas trop vache avec Balaguero car Fragile reste bien évidemment très au dessus de la moyenne du genre « film de fantômes pas japonais ». Méritait-il pour autant la brouette de prix obtenus lors de ce festival ? Simple question d’opinion, mais certainement pas la mienne...

BOOGEYMAN : On passe très rapidos sur le pompeux et imbuvable Schizophrenia (un véritable concerto de méga-ronflements dans la salle) pour nous vautrer dans le pire du mainstream horrifique avec le nullisime Boogeyman. Un mecton traumatisé par le souvenir d’un placard pas très cool au fond de sa chambre revient se frotter, quelques années plus tard, à son squatteur de croquemitaine qui doit gravement commencer à se faire chier au milieu de vieilles fringues embaumées d’anti-mites…Attention, Boogeyman est une véritable arnaque puisqu’il a fallu pas moins de trois scénaristes pour recracher, à la lettre près, le scénario de Darkness Falls et du Peuple des Ténèbres. Si ces deux métrages n’étaient pas des chefs-d’œuvres, ils avaient au moins le mérite de distiller quelques instants réussis de frayeur plutôt fun. Le film de Stephen T.Kay ne possède même pas cette qualité minimum et aligne sans discontinu des séquences d’une inefficacité absolue, sensées pourtant nous faire méchamment flipper… En bouffant à tous les râteliers Boogeyman se réduit lui-même à l’état de nanar cosmique sans personnalité. Une bonne tranche de rigolade involontaire, en tout cas, pour le public de cette fin d’après midi...

NOUVELLE CUISINE : La soirée débute heureusement sous de bien meilleurs présages avec le film de Fruit Chan. A la recherche de sa jeunesse plus ou moins perdue, une ancienne star de Hong-Kong décide de faire appel à une toubib/cuisinière un peu spéciale, dont les recettes à fort goût de fœtus humains auraient pour vertu le rajeunissement de leurs consommateurs… Version longue du sketch inclus dans le long métrage Three Extremes, Nouvelle Cuisine ne choisit pas de rallonger la sauce pour de basses raisons marketing mais trouve sa vraie saveur du haut de ses 90 minutes (soit le double de la version tronquée), le scénario ayant été écrit, à la base comme un long métrage, puis ramené ensuite à une version écourtée… Ce nouveau montage permet donc de réintégrer de nombreuses séquences jamais inutiles concernant la personnalité des protagonistes et leurs relations ambiguës (voir le mari, quasi inexistant auparavant, et sa liaison avec Mei...), consolidant, au final, les caractères d’une galerie de personnages intelligemment écrits et très brillamment interprétés. Malgré un pitch qui pouvait gravement porter à quelques débordements gores bien torchés, Nouvelle Cuisine opte pour la comédie à l’humour noir et grinçant. Un choix risqué (et forcément casse gueule sans scénario solide…) mais payant car Nouvelle Cuisine est une immense réussite, le film le plus abouti de la sélection injustement écarté du palmarès du festival...

FOG : On conclut cette sélection longs métrages par le catastrophique remake du Fog de Carpenter. Des marins naufragés, disparus depuis une bonne centaine d’années, reviennent se venger en se défoulant sur la petite île d’Antonio Bay... Voilà le prototype même de remake mercantile bien foireux pourtant produit par le père John himself, pas contrarié de voir son film culte transformé en teen movie à deux balles. Il y a pourtant de quoi chialer à la vue du résultat : Casting hors de propos, horreur et suspens aseptisés, dialogues nazes à l’humour involontaire (la salle se bidonne grave, c’est déjà ça de gagné remarque…), bref c’est la totale et il ne reste en définitive que de rares FX plutôt réussis pour que le film ne sombre pas totalement, comme son navire, dans un océan de nullité (encore que...).

 

Dimanche 29 janvier, dernier jour de festival. L’impasse est faite sur le dernier film de la compétition Allegro, au profit de la sélection courts métrages. Cette année pourtant encore, on quitte la séance un peu déçu par les prétentions auteurisantes dégagées par cette nouvelle génération de réalisateurs : pas fun pour un sous mais moulés dans des univers oniriques et froids qui à la longue nous poussent fortement à regretter des perles trash tels que Scalp de Patrick Bagot ou l’excellent « Quand on est amoureux, c’est merveilleux » de Fabrice du Welz, zieutés et appréciés les années précédentes. On pourra quand même saluer l’ambiance glauque et léchée de Protocole 33 de Benoit Lestang et le marrant Le Baiser de Stéfan Le Lay, vainqueur par défaut du Grand Prix de cette édition...

Signalons enfin la présence, tout au long du festoche, des poilants Happy Tree Friends, une bande de petits animaux en dessins animés pour gentils gamins, qui n’hésitent pourtant pas à se foutre sur la tronche et à s’infliger les pires tortures : éviscérations, énucléations, décapitations... c’est un véritable festival gore que nous propose chaque conclusion de ces petits épisodes de quelques minutes. Un régal et une nouvelle référence culte pour les amateurs du genre ! Cette 13ème se conclue donc par un bilan plutôt positif et l’on espère vivement que l’effort fait cette année sur la qualité de la programmation servira de modèle aux prochaines éditions. Une attente à confirmer du 31 janvier 2007 au 4 février 2007, date de la 14ème édition…

Nicolas C

 

 

Palmarès longs métrage 2006

Grand prix : Isolation de Billy O’Brien

Prix de jury : Fragile de Jaume Balaguero

Prix du jury jeunes : Fagile de Jaume Balaguero

Prix de la critique internationale : Isolation de Billy O’Brien

Prix de public : Fragile de Jaume Balaguero

Prix 13ème rue : Fragile de Jaume Balaguero

Prix de l’inédit vidéo : Shutter de Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakum

 

 

fantastic'arts 2006