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Fantastic'Arts 2009

 

Après une édition 2008 flamboyante, on croyait le festival définitivement relancé sur les rails de la qualité et de la réussite : si cette nouvelle édition n’est pas la pire que l’on ait connu (de très loin…) elle marque tout de même un léger recul qualitatif, une impression négative accentuée par une ambiance également un peu terne. Pas de quoi cependant, nous empêcher de nous plonger une fois de plus dans le noir des salles obscures Géronimoise, prêt à bouffer du cinoche pendant quatre jours, chefs d’œuvres ou DTV ringards…

SAUNA : Jeudi 29 janvier. C’est une habitude à Gérardmer : je commence toujours le festival par une bouse. Il faut croire que les programmateurs se sont entendus, cette année encore, pour satisfaire mes exigences de festivalier… En pleine guerre russo-finlandaise, deux frères sont responsables de la mort d’une jeune fille. Réfugiés dans un village paumé dans les marais, les frangins sont hantés par le fantôme de leur victime… Sur un pitch simpliste, Antti Jussi Annila réussit pourtant à rendre cette énième histoire de vengeance post mortem, complexe, cérébrale, onirique, mais surtout mortellement chiante ! A force de dialogues interminables, de personnages antipathiques et de situations alambiquées, Sauna bascule rapidement en gros pensum indigeste. Chacun ses goûts mais dans mon cas, c’est le rejet total. Du coup, j’en suis presque à me dire que le réalisateur aurait mieux fait de conserver un peu de simplicité au scénario de base : nous aurions peut-être eu alors un chouette lot de meurtres sanglants et quelques meufs à poil. Oui je sais, je suis primitif…

 

 

La présentation du jury court métrage le vendredi 30 janvier avec son président, le compositeur Vladimir Cosma, et son jury, les comédiennes Leila Bekhti et Julie Ferrier, le comédien François Vincentelli et le réalisateur Mabrouk El Mechri...

 

 

THE BURROWERS : Après la mauvaise claque précédente, rien de mieux qu’un petit DTV sur grand écran pour retrouver le sourire. A la recherche d’une famille disparue, des fermiers et des militaires façon Deadwood vont se retrouver confrontés à une menace animale surgi des entrailles de la terre… En l’état, The Burrowers est parfaitement taillé pour le marché vidéo : western horrifique et film de monstres sur le principe de la bestiole qui vient de la terre (façon Tremors) avec sa première partie en forme de longues scènes d’expositions, ponctuées de dialogues sans intérêt (budget limité oblige). On patiente donc jusqu'à ce que le film se réveille enfin dans sa dernière ligne droite : c’est alors un festival de monstres franchement réussis et bien dégueulasses qui semblent s’être fait la malle de « Silent Hill ». Un chouette contraste qui tranche avec l’ambiance western un peu plombée du début : 20 minutes très fun qui sauvent le film de justesse. Notons également le final, plutôt marrant car pas moral, qui voit les « gentils » indiens du film pendus, sans plaidoyer, au bout d’une corde !

GRACE : La première claque du festival ! Une jeune femme enceinte, victime d’un grave accident, décide pourtant de conserver le bébé décédé dans son ventre jusqu’au terme de sa grossesse. Après l’accouchement le bébé revient miraculeusement à la vie…Un sujet glauque pour un film qui ne l’est pas moins. L’ambiance putride du film avec son lot de situations dérangeantes et surprenantes n’est d’ailleurs pas sans nous rappeler la série des courts métrages « Family Portraits » de Douglas Buck. L’interprétation est juste, le scénario original, mais le film reste avant tout une expérience sensorielle difficile à classifier et à expliquer ! Une belle réussite, pour faire simple, qu’il vous faudra impérativement visionner pour en comprendre l’essence…

LES PREDATEURS : Une femme Vampires vit à New York avec son compagnon John depuis plus de trois cent ans. Quand la mort rattrape ce dernier elle jette son dévolu sur Sarah, une jeune docteur spécialiste des mécanismes du vieillissement…Copie neuve et nouvelle sortie en salle pour ce classique 80’s de Tony Scott que je n’avais jamais vu ! Avec sa mise en scène ultra stylisée et clipesque Les Prédateurs risque fort aujourd’hui de repousser une grande partie d’un public qui le considérera démodé et techniquement dépassé (la caméra épaule est, depuis, venue foutre un sacré bordel dans les méthodes de mise en scène…). Pour les autres (dont moi), le film se révèle absolument captivant : le trio Deneuve/Bowie/Sarandon touche à la perfection sensuel et Tony Scott réussit un véritable exploit technique en mixant érotisme raffiné et orgie cradingue à la Richard Kern ! Un choc visuel pour ceux qui ne connaissent le frère de Ridley que par Top Gun ou autre blockbuster façon Ennemi d’Etat. Le réalisateur n’a en tout cas jamais été aussi inspiré depuis, c’est sûr… Les Prédateurs parvient toujours, en tout cas, à nous faire totalement succomber au charme de Catherine Deneuve près de trente ans ( !) après sa réalisation : la force essentiel d’un chef d’œuvre qui nous fait tout simplement regretter de vieillir, nous aussi…

MANHUNT : "Quatre amis en week end au fond des bois sont traqués par une bande d’hommes armés". Un pitch de survival évidemment : sur ce point, Manhunt ne nous trompe pas sur la marchandise. Cette réalisation norvégienne s’avère pourtant, au final, particulièrement foireuse. La faute à l’interprétation outrée, à la limite du parodique, de la plupart des acteurs, et à une mise en scène d’une platitude affligeante qui ne parvient, à aucun moment, à créer la moindre tension malgré des décors naturels particulièrement séduisants. On regrette d’autant plus que le pré-générique vende la mèche et désamorce l’effet de surprise du calvaire que va endurer la petite bande de potes… Il ne reste donc pas grand-chose à se mettre sous la dent : le film défile sans frisson et ses petites 75 minutes paraissent pourtant bien longues. Dommage car j’étais disposer à me bouffer un bon petit survival…

LONG WEEK END : Le mystère ciné de ce festival. Et un grand doute quant à l’intérêt de ses 90 minutes de bobines. Le synopsis de dossier de presse nous indique que la nature se venge de l’intrusion irrespectueuse de l’homme dans le bush "préservé". Sincèrement, même avec cette indication claire et précise, je n’ai strictement rien compris au film. Difficile de dire si la digestion difficile de la tartiflette du midi y est pour quelque chose, mais en l’état, Long Week End accuse de sacrées lacunes en matière de scénario, confu, brouillon et blindé d’ellipses incompréhensibles. Ces idées décousues partent inévitablement dans tous les sens et nous entraînent sur de fausses pistes (slahers, survival, mondes parallèles…) pour finalement se vautrer immanquablement dans le nawak le plus total. La réalisation, tout aussi paumée, ne parvient d’ailleurs jamais à rendre à l’écran l’étrangeté permanente du récit, malgré une photographie soignée et quelques idées de mise en scène pas forcément originales (on pense facilement à Lost Thing ou Dead End) mais honnêtement efficaces. Mention spéciale, enfin, à quelques moments surréalistes tels que la séquence où Jim Caviezel, incarné en Bob Dylan, se déleste d’une petite chanson pourrave en compagnie d’un éléphant de mer qui vient griller des chamallows au coin du feu. Effet immédiat sur les festivaliers, vautrés dans la poilade générale. Pas certain que la réaction soit celle attendue…

SPLINTER : Un jeune couple, otage d’un prisonnier en cavale, se retrouve pris au piège d’une station service assiégée par un parasite qui transforme ses victimes en créatures épineuses… Splinter, ou le retour du film de monstres et du petit groupe de survivants qui se barricade pour survivre ! On pense bien évidemment à The Thing ou à des séries B telles de Feast. La réalisation, à défaut de miser sur l’originalité joue donc la carte de l’efficacité… et ça fonctionne à merveille ! Splinter ne trompe pas le spectateur sur la marchandise : des FX réussis et gores (le minimum syndical pour ce type de production…) et une mise en scène énergique, sans temps morts, et efficace ! Pas un chef d’œuvre au bout du compte mais un véritable moment de fun comme on aimerait simplement en voir plus souvent. Ça tombe très bien : on est là pour ça !

THE MIDNIGHT MEAT TRAIN : Un jeune photographe décide d’étoffer sa future exposition de nouveaux clichés à la thématique morbide : saisir sur le vif agression et violence en tous genres. Mais son chemin va croiser celui d’un tueur en série qui traque ses victimes dans le métro de minuit… Adaptation d’une nouvelle de Clive Barker, cet étrange Midnight Meat Train peut se vanter d’être le premier film de la compétition à mettre en scène un scénario incontestablement original et réussi. Ryhuei Kitamura met entre parenthèses ses influences nipponnes pour accoucher d’une vision sombre d’un Londres plongé dans une obscurité crasse. C’est glauque, c’est gore, la mise en scène fait parfois preuve d’originalité (l’excellente vision subjective de la tête décapitée) et d’une belle efficacité avec rebondissements et révélations en série (le jeu de cache-cache parmi les carcasses de l’abattoir, la confrontation finale, la révélation…). Un univers finalement très cohérent avec les œuvres de Barker, assorti d’une pincée "Lovecraftienne" blindée de pessimisme morbide… Bref, un sacré choc !

 

 

Le vendredi 30 janvier Lionel Chouchan et l'équipe du festival rendait hommage au réalisateur John Landis lors d'une joyeuse remise de prix dans la grande salle du festival…

 

 

BAD BIOLOGY : Gérardmer attendait avec impatiente le retour de Frank Henenlotter ! Pour cette soirée de projection hors compétition l’attente du public, hilare, fut visiblement comblée car malgré ses quinze années d’absences le réalisateur culte de Frankenhooker semble ne pas avoir perdu la main et n’hésite pas à user de son incontournable formule gagnante ! Bad Biology est donc une toute petite production fauchée qui parait évidemment avoir été tournée dans les années 80 : interprétation outrée et excessivement poussive, effets de prothèses ultra kitsch et un humour lourdingue bien vulgos. Au final, on va pas jouer les chochottes, d’autant que nous sommes généralement plutôt partisans de ce genre de prod’ qui tâche, mais on regrette tout de même que ce Bad Biology parte un peu trop souvent dans le nawak le plus total pour devenir finalement une simple curiosité qui lasse du haut de ses petites 80 minutes. Une bite géante en plastique c’est vrai que c’est marrant, mais de là à se poiler plus de deux minutes…

DEADGIRL : Premier film du week-end et le sentiment, avec ce Deadgirl, d’être projeté de nouveau dans l’Amérique redneck de May ou de Theeth ! Deux lycéens découvrent dans un hôpital désaffecté le corps nu et enchaîné d’une étrange jeune femme, apparemment morte et zombifiée ! Reste à réfléchir désormais aux possibilités qui s’offrent à eux pour exploiter au mieux leur découverte… dès les premieres minutes, la réalisation pose les bases d’un univers oppressant de béton et d’obscurité, aux travers d’un sujet bien glauque mais traité avec assez d’intelligence pour ne pas sombrer dans le sordide. Place à l’humour (très) noir salvateur donc, distillé par un excellent casting qui trouve la juste formule pour revisiter le mythe du zombie avec originalité. Planqué derrière ses apparences de teenages movies, Deadgirl est un film fun, mais intelligent, maîtrisé et sans compromi ! Bref du cinoche comme on aimerait en croiser à chaque séance du festival…

MUTANT : Malade comme un chien (le climat des Vosges me fout en l’air chaque année…) je foire lamentablement la séance de Morse mais je parviens cependant à m’extirper de mon hôtel pour assister à l’avant première de Mutant. La "french touch" horrifique du festival était attendue au tournant mais, malgré l’évènement, le ciné horrifique français peine une fois de plus à véritablement décoller et à se démarquer de la concurrence étrangère. En s’inspirant du 28 jours plus tard de Danny Boyle, le film de David Morley s’efforce d’instaurer une véritable ambiance d’apocalypse et d’isolement mais s’enlise souvent dans une trop classique mise en scène de séquences pas franchement passionnantes, malgré un casting et une interprétation pour une fois plutôt convaincante (la direction d’acteurs foireuse est un véritable fléau chez les réalisateurs de ciné de genre français…). Mutant réussit pourtant à se réveiller un peu dans sa deuxième partie et nous livre quelques belles séquences d’actions parfaitement maîtrisées et du gore efficace. De quoi passer un bon moment mais l’ensemble manque trop d’ambition pour un film destiné à une sortie en salle (avec tous les enjeux financiers que cela implique…). Du bon DTV donc (surveillez la sortie dvd…), Techniquement réussi, mais tant que les cinéastes se contenteront de singer des films cultes en y ajoutant cette petite touche de prétention et de maladresse trop caractéristique du genre français, on risque fort d’enchaîner les déceptions. Des mecs comme Alexandre Aja arrivent pourtant à se libérer de ces mauvaises habitudes : restons donc optimistes…

 

 

Présentation de Mutants, Le vendredi 30 janvier, le premier long métrage de David Morley (hors compétition) en présence du réalisateur et d'une partie du casting : Hélène de Fougerolles, Francis Renaud et Dida Diafat...

C'est vers la Suède et son climat glacial que nous mène la présentation de Morse, le vendredi 30 janvier, en présence de son réalisateur Tomas Alfredson. Un film qui a raflé le grand prix et le prix de la critique cette année à Gérardmer, pour connaitre par la suite un vrai succès critique...

 

 

MORSE : Séance de rattrapage pour Morse et le dernier film pour moi de ce festival. On m’avait promis un chef d’œuvre : je confirme avec enthousiasme ce point de vue ! Un jeune garçon de douze ans, martyrisé par ses camarades de classe, se lie d’amitié avec Eli, une adolescente qui vient d’emménager dans l’immeuble voisin. Entre tendresse et mystère, leur relation va s’étoffer et prendre une tournure inattendue… Difficile de faire plus poignant que Morse. Même s’il s’apparente plus à un drame psychologique qu’à un véritable film de genre (l’élément fantastique du film n’est qu’un rouage du scénario), le film de Thomas Alfredson ne plonge jamais dans le pathos simpliste mais joue de subtilités avec nos émotions. On oublie donc rapidement que l’on est à Gérardmer pour bouffer du gore cradingue et de l’horreur trash et on se laisse littéralement envahir par cette histoire de passion jusqu’au-boutiste incarnée par un jeune duo d’acteurs magnifiques de justesse et d’intensité. Un grand moment de cinéma dont il est bien difficile de parler (je me démerde mieux, c’est sûr, pour promouvoir, un DTV semi naze de chez Cinétel…) le mieux étant de plonger sans hésiter à la découverte de ce film qui mérite amplement le grand prix qui lui a été attribué…

Nicolas C.

 

Palmarès longs métrages 2009

Grand prix : Morse, de Tomas Alfredson

Prix du jury : Grace, de paul Solet 

Prix de la critique : Morse, de Tomas Alfredson

Prix du jury jeune : Sauna, de Antti Jussi Annila

Prix du public : The Midnight Meat Train, de Ryuhei Kitamura 

Prix du jury Sci-Fi : The Midnight Meat Train, de Ryuhei Kitamura

 

 

fantastic'arts 2009