________________________________________________________________________

 

Rencontre du 3ème genre: épisode 3

 

Halloween 2005 sous le signe du cinéma de genre. C’était, en tout cas, l’option choisie par les nombreux spectateurs du cinéma Max Linder, à Paris, à l’occasion de la troisième édition des «Rencontres du Troisième Genre » organisées par l’association Fantasy Films. Au programme, une sélection de huit courts métrages avec pour points communs le fantastique, l’horreur et l’incontestable qualité de leur réalisation.

LE BON, LA BRUTE ET LES ZOMBIES :  Déjà sélectionné à Gérardmer l’an dernier Le Bon,… réalisé par Abel Ferry, affiche clairement ses influences du côté de chez Troma. Lloyd Kaufman, lui-même, y interprète (si l’on peut dire…) un vieil indien bien décidé à protéger sa mine d’or des convoitises, en employant une poignée de zombies. Pas con mais pas forcément très efficace si l’on en juge par la suite des évènements... Doté d’un budget plutôt confortable, Ferry en profite pour aligner tout un catalogue d’idées bien barges et bien poilantes, dignes des meilleures aventures tournées dans les environs de Tromaville. Les FX de qualités alignent des tronches de zombies tendance Braindead, le doublage foireux de Kaufman, très Neuilly/Passy est à se rouler par terre : on n’en demande évidemment pas plus à un court métrage. Voilà une belle réussite à suivre de très près...

WOLFPACK : Petite détour par la Croatie avec ce film réalisé par Jean-Marc Vincent. Une jeune femme est agressée et tuée par quelques casques bleus biturés. Visiblement contrariés, les parents de la jeune fille, du genre loups-garous, vont se charger de récupérer son corps en taillant la route au travers du bide des forces pacifistes. Original que d’inclure la mythologie du lycanthrope au sein de l’actuelle Europe en guerre. Même si le réalisateur se contente de suggérer, plutôt que d’étaler des seaux de viscères en cavale (j’amortis mon copyright), Wolfpack distille un climat efficace de huis clos étouffant. Un court sans prétention mais percutant.

TEEN FUNKLE PARADISE : Sur une plage isolée, un beauf labellisé, en costard ringard, vient fumer tranquillement son cigare au rabais, les mâchoires crispées par un sourire crétin. Quand soudain surgit des flots une apparition miraculeuse, angélique, et accessoirement dotée d’une sacrée paire… Notre minable sur talonnette, la bave au mégot, s’apprête dès lors à passer à table. Une appréciation de la situation qui diverge selon le point de vue… Teen Funkle Paradise ne repose en fait que sur son twist final évidemment prévisible; mais la réalisation accrocheuse de Pascal Gontier, la caricature poilante des personnages et le choix judicieux de la musique (le groupe Kaolin) offre au final un métrage qui peut se visionner à répétition avec le même plaisir. Teen... est d’ailleurs disponible sur le dvd du numéro 216 de Studio Magazine : voilà une bonne raison de ne pas se priver…

L'INVENTAIRE FANTÔME : Un huissier se rend chez un vieux monsieur pour entreprendre un bien étrange inventaire : le vieil homme conserve dans son grenier les souvenirs de milliers d’objets dont plus personne ne veut… Beaucoup d’imagination dans ce métrage d’animation réalisé par Franck Dion. En fusionnant les techniques de la marionnette animée image par image et celle de la retouche numérique, le réalisateur crée un univers sombre et labyrinthique, aux images délavées mais pourtant emprunt d’une poésie et d’une naïveté touchante, qui nous renvoie à la magie de l’enfance… De la nostalgie à revendre donc, et un régal pour les yeux du gamin qui sommeille en nous. Le site Internet du film (franck.dion.free.fr/invent.htm) propose une vue complète de la réalisation du métrage, de la construction des décors jusqu’à la post-production. La navigation est soignée et ludique : n’hésitez pas à y jeter un œil…

LES PETITS HOMMES VIEUX : L’état d’alerte est déclenché : la planète est désormais sous l’emprise des vieux croulants. Plus redoutables qu’un Derrick sous amphets, plus increvables qu’un Drucker interviewant Guy Bedos, ils s’immiscent subtilement dans votre vie pour vous métamorphoser en grabataire incontinent. L’assaut final, à grand coup de charentaises et de Pascal Sevran, est imminente : pourront-nous les arrêter ? Avec Les Petits Hommes Vieux Yann Chayia nous balance en pleine carafe une véritable déclaration d’amour au film de zombies. Le métrage détourne les conventions du genre (le cimetière, l’alerte radio, la maison isolée..) pour en tirer une comédie originale franchement drôle et, au final, effrayante dans sa représentation d’une vieillesse inévitablement apathique et envahissante ! Bien foutu, bien écrit et bourré de bonnes idées Les Petits Hommes Vieux est l’instant de nawak dont avait besoin cette soirée…

BOM : Un jeune couple tombe en panne d’essence sur une aire d’autoroute. Pas de bol pour le mari, contraint de faire du stop pour rejoindre la station d’essence la plus proche. En attendant, sa femme enceinte poireaute dans la voiture lorsque un bruit (bom, donc…) provenant du toit de la voiture lui expédie rapidement le trouillomètre à zéro... Reposant, comme Teen Funkle Paradise, sur son twist final, Bom puise son scénario dans une simple et classique légende urbaine que l’on se raconte enfant pour se faire flipper. Clément Subileau et David Tarde, respectivement réalisateur et réalisateur de Bom, choisissent donc la carte du conventionnel et orientent le métrage vers un climax clairement attendu : pas de surprise mais le final crépusculaire, échappé d’un Texas Chainsaw Massacre et orchestré par Philipe Nahon, balance pourtant une sacrée dose d’effroi dans la carcasse du spectateur. Bom nous prouve donc, en conclusion, qu’il est encore possible de faire flipper le spectateur avec quelques bouts de ficelles (ou de cervelles, c’est au choix...).

SANG FROID : Un brave gars, paumé en pleine montagne un soir d’hiver, est poursuivi par une bande de vampires déterminée à lui croquer la carotide en guise de dessert. Bien décidé à ne pas jouer les menus par défaut, notre fugitif va avoir la bonne idée d’aller se planquer dans une chapelle, lieu béni à l’abri des vampires... Petit conte de Noël morbide, Sang Froid réalisé par Pierre-Louis Levacher, affiche un esthétisme de production horrifique rétro en noir et blanc. Le film repose en fait sur un scénario prétexte à étaler une photographie impeccable : un pari technique accompli avec talent. Reste enfin une audacieuse et provocatrice utilisation de l’icône religieuse dans un twist final couillu et assumé. Beaucoup de qualité pour un court métrage très réussi…

EVELYN, THE CUTEST LIVING  DEAD GIRL : Evelyn, échappée de sa boite de Living Dead Dolls tente de se faire de nouveaux amis parmi les vivants. Pas évident lorsque l’on se trimballe une trogne de déterrée (au sens littéral du terme). Elle décide pourtant de sortir de chez elle à la recherche de la famille Adams, de Ozzy Osbourne, ou plus concrètement, d’une nouvelle amitié. Dès les premières images, on établit un net parallèle entre ce court métrage et les univers de Tim Burton et de Lucky McKee. Quelque part entre Edward aux Mains D’Argents et May, Evelyn… enchante par son univers réjouissant en cartons colorés, que l’on croirait composé d’éléments décoratifs empruntés à une fête d’école primaire : un véritable univers Burtonien (on le répète mais l’évidence saute aux yeux) où chaque protagoniste à la personnalité exagérément exacerbée semble évadé d’une bande dessinée pour enfants. Scénarisé en forme de conte, narré en voix off, ce court réalisé par le canadien Brad Peyton, est une merveille de fable morbide et enchanteresse. Une formidable conclusion à la programmation, qui permet de clore en beauté cette soirée !

NICOLAS C.

 

 

rencontre 3eme genre